Lundi 26 avril 1880
Je n'ai pas de place à l'atelier, une ravissante Américaine va poser pour moi à condition que je lui donne l’œuvre.
Mais sa petite figure [m'enpoigne et ce sera presque un tableau. Je rêve d’un aménagement repris et la petite est assez gentille pour me dire qu’elle posera et se contentera d’un petit portrait que je ferai après celui-là. Si je n’avais un tableau au salon, jamais des élèves n’auraient asez confiance en moi pour poser.
Hier Anna est venue me voir et nous avons été ensemble chez les Simonidès, Ils revienent d’Espagne et Madame réitère ses compliments, compliments qui me font plaisir. Je la crois véridique, elle n’a rien dit quand c’était mauvais et elle avoue franchement que lorsque dix jours avant le 20 mars elle vu mon œuvre de génie ou il y avait que la tête de commencée] et très mal, elle a cru que je l’abandonnerai, ayant compris que l’entreprise était au-dessus de mes forces.
Du reste Julian pense que Tony a travaillé et Tony vous savez bien ce qu’il a fait: c’était dans une gamme trop sombre, il a remis des blafardises partout et j’ai consciencieusement tout repeint sauf un morceau de la manche de mousseline. Quant à la main il l’avait dessinée en peignant mais l’avant-dernier jour j’ai raccourci les doigts, ce qui m’a amené à refaire tout, donc il n’y a même pas de dessin de lui, il m’a seulement montré comment faire. En somme je l’ai fait honnêtement et, du reste il n’est pas fameux.
Ce soir chez Mme Reille mais son neveu s’est cassé la jambe, tous partis, et nous en avons été quitte pour nous inscrire [Mots noircis: juste au-dessous] de Mme et Mlle de Tanlay, les mère et sœur de M. de Tanlay, l’amant de la Basilevitch. Et puis chez Mme de Pascalis (invitation par Mouzay), d’anciens magistrats je crois qui ont loué l’hôtel d’Alcantara qui a cette galerie longue et étroite donnant par une fenêtre unique sur les Champs-Elysées. L’hôtel est curieusement disposé grâce à cette langue de terrain qui va aux Champs-Elysées et se prête aux fêtes bien que la galerie soit étroite. De braves gens aimables mais un monde bizarre, des toilettes de l’autre monde, personne de connue, du monde. Je suis endormie et en colère. Et cette chère maman qui se lève pour aller me présenter le Chilien ou le Mexicain “qui rit”.
Il a une affreuse grimace qui le fait sinistrement ricaner toujours, c’est un tic et avec cela une grosse figure épanouie. Il a 27.000.000 et maman croit que je suis capable de tout pour vingt-sept millions.
Epouser cet homme c’est presque comme un homme sans nez, fi l’horreur ! Je prendrais bien un laid, un vieux, ils sont tous les mêmes pour moi, mais un monstre jamais I!
A quoi serviraient les millions avec ce boulet du ridicule !
Plusieurs connaissances mais c'est endormant, Mme Crémieux, les Mouzay, sa mère. Des amateurs qui vous font grincer des dents avec leur musique, un violoniste qu’on n’entend pas et un bel homme qui chante la sérénade de Schubert après avoir, une main appuyée sur le piano, lancé à l’assistance des regards de vainqueur et une attitude. Si ridicule ! Je ne comprends pas du reste qu’un monsieur vienne cabotiner dans une grande soirée.
Les femmes avaient l'air d’avoir dormi avec leurs coiffures. Et cette poudre blanche qui est si sale à voir dans les cheveux. Elles avaient l’air d’être coiffées avec des choses de matelas et s’être roulées dans de la paille. Est-ce laid !
Est-ce bête ! Et maman croit qu’elle me mène dans le monde.