Lundi 29 mars 1880
Hier soir la scène la plus imprévue et étonnante quoique j’en ai vues pas mal. Depuis quatre ou cinq jours je demande les cinq cents francs que je dois payer à Julian et cinq cents autres pour prendre un abonnement d’un an au lieu de continuer au mois ce qui fait mille deux cents francs au lieu de cinq cent francs. On me dit que ce sera samedi.
Samedi se passe enfin hier dimanche je viens et je leur dis: demain matin je vais à l’atelier il faut que je paye, je dois pour cinq mois, donnez-moi ça ce soir.- Après dîner, après dîner il y avait Mouzay, bref à minuit avant de me coucher, je redemande et on me répond qu’il n’y a pas d’argent. C’est bien, je suis ma chère tante qui s’enfuit et me ferme la porte au nez, alors connaissant mon monde, je leur dis tout tranquillement que si la porte n’est pas ouverte je l’enfonce.
Et alors la porte s'ouvre mais désireuses de prendre part à la petite fête accourent maman et Dina. Maman fait du drame, joint les mains et jure sur le salut éternel de son âme qu'il n'y a pas un sous à la maison, mais que puisque je suis une barbare, demain dès l'aube on ira mettre des bijoux au Mont de Piété. Je m’étais assise et répétais comme un perroquet: je ne m’en irai pas dormir sans argent.
Ma chère tante [Rayé: alors] dit qu’elle a mille francs mais que je ne puis en avoir que cinq cents, je veux bien, je m’abonnerai plus tard. Alors, on ne peut pas me laisser emporter les mille francs parce qu’on en aura peut-être besoin précisément entre huit heures et midi et ce n’est qu’à midi que [je] les rapporterais.
Bref, de la vraie saleté. Et ma chère mère qui continue de jurer sur le salut de son âme et sur Dieu qu’il n’y a pas d’argent. Je n’ai pas besoin de vous dire que c’est dégoûtant n’est-ce pas. Je ne me souviens pas d’avoir jamais obtenue deux cents francs sans des scènes de ce genre. A la fin, vers une heure du matin on me donne l’argent et je vais me coucher.
Non, est-ce une existence, est-ce une famille ! Cette femme qui blasphème et qui crie que je me perds par “ces scandales” et qu’elle déjà porté des bleus faits par moi. Fi ! l’horreur.
Aujourd’hui après l’atelier nous allons chez la Reine qui dit que l’infante Eulalie sa fille me ressemble beaucoup au moral et au physique.
Hier on a donné à Mme Gavini un œuf de Pâques en satin blanc avec une broche et des boucles d’oreilles émaillées.