Jeudi 4 mars 1880
Soutzo est venu m’apporter des plumes.
Ce soir mi-carême, nous allons au bal de l'Opéra, de Daillens, Dina et moi en noir très masquées. Mais ça n’a pas été gai, nous avons bien dit à Rouzat qu’il était un vieil avare et un pingre, nous sommes allées saluer et un bon monsieur en l’appelant M. Grévy, M. le Président et une dame nous croyant de bonne foi se mit en devoir de nous détromper. Mais tout ça manque d’entrain. Joseph promenait un domino élégant et suffisamment masqué pour une actrice et même pour une femme du monde. Le puissant [Mot noirci : secrétaire] marchait lentement, causait doucement, ne quittait pas sa dame et ne parlait qu’à des hommes aussi calmes, aussi “comme il faut” que lui. Il faisait son personnage. Du reste c’est le genre républicain, ils ont tous l’air ou veulent avoir l’air de diplomates et affectent une mesure, des manières et des expressions de politesse raffinée autant que les bonapartistes se lâchent.
Daillens lui a demandé si c’était une tante à héritage qu’il promenait avec tant d’égards et l’homme illustre a daigné sourire, quant à la femme elle s’est retournée pour voir l’interlocutrice et lui a dit: oh ! elle est petite ! d’un ton de mépris. J’ai intrigué sans plaisir un avocat nommé Brizard, ami de Daillens.