Samedi 14 février 1880
Sixième séance. Les jouets de Gabriel m’en amènent d’autres. Kiki m’a donné six boites de soldats et autres de plomb et un petit chat qu’on remonte et qui marche.
Aussi je m’en amuse, je remonte le chien et joue avec le serpent aimanté et l’escargot et la grenouille.
Assez de monde, Rouzat, Wodzinski, Soutzo, Turquan, Fromessant, Lahovari (secrétaire à la légation de Roumanie), Miranda, Colonna, Bichinsky, Mmes Gavini, Randouin, Poitrineau etc.
Ce soir premier samedi des Krishaber. Réception splendide, musique et danses, pas assez de monde mais des femmes élégantes. Nautrellement je ne connais encore personne excepté Munkacsy et sa femme. J’ai dansé avec un tas de crapauds déployant des grâces pour les spectateurs. Je suis devenue tout à fait mince, les bras ont la fermeté et la rondeur fine du bronze. J’ai adopté la coiffure de notre soirée. Les cheveux tordus assez bas laissant voir et la forme du crâne et la nuque. Le devant agrémenté de mèches folles et de frisures légères qui ont l’air de s’envoler. Je ne rougis pas en dansant seulement Soutzo prétend que j’ai l’air de me ficher du monde et surtout de mes danseurs. On me l’a déjà dit plusieurs fois et cela me plaît assez d’autant plus que ceux dont je me fiche ne le voient pas toujours au dire de Soutzo et C°. Le petit persiste, je lui ai dit que cela n’irait pas. Il demande si je l’épouserais s’il avait 2.000.000 de rente, (on avait parlé de cela à table).
Sans hésiter cher monsieur et nous rions.
Ecoutez Prince, comment voulez-vous qu’on vous considère, vous n’êtes rien, vous n’avez ni avenir, ni carrière, ni métier. Vous n’êtes qu’un petit jeune homme. C’est déplorable !
Maman rit parce que je me sentais chez moi dans ce salon républicain. Il y a une serre et un fumoir au bout où on voudrait se promener avec Gabriel.
Madame Adam y était mais on faisait de la musique, pas moyen de circuler et elle est partie de bonne heure.