Samedi 7 février 1880
C'est aujourd'hui que M. de Miranda nous présente à la Reine Isabelle, en audience particulière. Elle est très simple, très bonne femme, elle tend la main et fait asseoir maman à côté d'elle sur le canapé et moi en face. J'ai pour la première fois le plaisir de dire: votre majesté, c'est très agréable. Sa majesté est indignée d'un article paru dans "le Voltaire" contre le roi Don François d'Assises. "Car après tout, dit-elle en nous regardant et en faisant un geste ineffable, c'est mon mari".
Elle est aussi furieuse contre le bal Grévy, "un monde impossible et des femmes en robes de ville avec des manches coupées pour la circonstance". Nous restons dix minutes ou un quart d'heure je pense. La Reine n'est pas si laide qu'on dit, elle a même des yeux d'un bleu très clair qui sont jolis.
En nous disant adieu elle a tendu la main à maman et à moi, maman a baisé sa main, je me suis inclinée dessus très près. Ce Miranda veut se marier. Comme je ne l’épouserai pas ce sera peut-être un ennemi. Mais bah ! A chaque ennui qui m’arrive ma première pensée est : je voudrais être de quinze jours plus vieille. Tout s’efface ou devient supportable.
Chez nous: Berthe, M. de Rouzat, Mme de Bailleul, Gavini, Dureau et sa fille, les Tchoumakoff, Turquan, Wodzinsky, Tarente, Soutzo, etc.
Soutzo joue au piquet avec ma tante au salon à côté où je suis allée prendre des bûches, il est venu m’aider; a insisté pour que j’essuie mes mains à son mouchoir et puis il l’a porté à sa bouche avec un air...
Ça m’est égal et naturellement ce chien d’archange ne pense pas à moi. Est-ce bête que je pense à lui, mais non ce n’est pas bête, ça m’amuse mais c’est dommage... ce ne peut-être un maître, c’est un camarade.