Deník Marie Bashkirtseff

On vient m'embéter parce que ma fenêtre est ouverte et que je puis attraper une fluxion de poitrine ! Les voilà bien. Vous savez la vie qu'on me fait, vous savez que je suis enterrée vivante et l'on vient m'assommer avec des inquiétudes sur ma santé... Hier j'ai lu le compte rendu d'un dîner chez Emile de Girardin en l'honneur de M. Gladstone, on cite plusieurs dames. Cela m'a fait l'effet que me font les... choses relatives au mariage Couvelet. C'est donc une preuve que je n'ai jamais aimé personne... non, mais quand on souffre autant que moi on ne peut pas aimer. Ma chère mère dit que l'on se tourmente et se tracasse tant qu'on n'est fixé par l'amour. Je m'étonne pourquoi elle ne dit pas que je cesserais de vouloir voir du monde quand je pourrai coucher avec un homme.
Je voudrais parler encore plus salement dans mon exaspération.
J'écris et je pleure de rage. Je me pleure, rien ne m'attendrit comme lorsque je m'appitoie sur mon sort, je ris mais c'est sérieux.
Ô mon Dieu.
Je n'ai même plus la ressource d'aller quereller ma bonne et chère famille pour me calmer. Ça ne sert à rien ! Je suis condamnée à pourrir dans un coin et en attendant ma mère sort habillée de vieilles robes de laine noire et de gants troués comme une tante de cocotte de 2ème ordre.
La vie est une belle chose, la mienne surtout.