Deník Marie Bashkirtseff

Multedo est venu hier soir, comme toujours agressif, puéril et fatigant. Très fatigant. Au surplus ma chère famille croyait de son devoir d'expliquer, appuyer, atténuer ou commenter tout ce que je disais. Je suis très lasse et très énervée aujourd'hui.
Que pensez-vous de Hecht ? Quelle subite disparition. Les fêtes juives sont finies, elles m'expliquaient son absence... Mais rien ne m'étonne. C'est un évènement agréable ou même supportable seulement qui me plongerait dans des surprises sans bornes. Est-ce que je ne suis pas vouée aux tracasseries. La peinture ne va pas, mes yeux s'affaiblissent, ce matin je n'y voyais qu'avec peine. Je suis perdue, finie.
Je suis restée à la maison pour essayer de faire ma composition mais je ne pouvais formuler un trait, à trois heures est arrivé Hecht et il est resté jusqu'à quatre heures et demie.
Il a dit à maman qu'il ne venait pas plus souvent parce qu'il y a chez nous de trop grands dangers pour lui, qu'il n'a pas vingt ans et que lorsqu'un cœur qui a été toujours libre se donnait à son âge c'était sérieux et terrible. Sale Juif.
Je ne crois même pas qu'il soit réellement intime avec Gambetta. Il me dit que je devrais collaborer à la "Nouvelle Revue".
Grande promenade au Bois. Mais pas de Joseph attendu que ce grand homme a accompagné Gambetta arrivé mercredi soir au château des Crêtes. Donc en voilà jusqu'au mois prochain, à l'ouverture des Chambres. On m'a jeté un sort sur ma peinture. Mon Dieu sauvez-moi.