Deník Marie Bashkirtseff

Voici des journaux et je viens de lire les deux cents pages dont se compose la premiere livraison de la revue de Mme Adam, Juliette Lamber. Tout cela m'a derangee et j'ai quitte l'atelier a quatre heures pour nous promener au Bois avec un nouveau chapeau avec lequel je fais sensation mais a present cela m'est egal. Je la trouve bien heureuse Mme Adam.
Je crois que vous, vous me connaissez assez pour comprendre l'influence qu'exercent sur ma pauvre tete toutes ces questions si vivantes. Il n'y a rien a faire en fait de fidelites anciennes... j'aime toujours les violettes mais uniquement comme fleurs. L'amour pour Paul de Cassagnac s'est evanoui avec le respect et si j'ai encore quelque faible pour lui a l'etat de souvenir... ce sont sa tete, sa parole et la chevalerie toute confectionnee qu'il mettait a la disposition des consommateurs... Des banalites qu'on prend comme paroles d'Evangile. Je ne renie pas mon chevalier; je me l'explique. Je suis moins que rien, je n'existe pas pour les autres mais tout cela existe pour moi, vivant, attrayant et desesperant. Je pleure et je me moque de moi. Je passe a la Republique et a tous les hommes nouveaux et aux idees nouvelles.
Aujourd'hui me voila empoignee par la "Revue nouvelle", qui sait si dans un moment donne je n'irais pas m'enthousiasmer pour le Prince Napoleon que du reste je prefere a Napoleon III et qui est vraiment quelqu'un. Non, vous comprenez bien que je me plaisante et que je suis aussi avancee qu'il est possible de l'etre. Il faut marcher avec son temps surtout lorsqu'on en a reellement le desir et le besoin irresistible. N'oubliez jamais ce que j'ai dit il y a longtemps: - "Cassagnac ou un autre peuvent me rendre bonapartiste ou autre chose, mais..." etc. Voila pour ceux qui voudront me jeter a la face mon imperialisme, mes detracteurs enfin ! On dira que je suis l'Homme. Possible. J'ai suivi Cassagnac de la le peu de consistance de mon bonapartisme, mais qui est ce que je suis a presnet ?
Ah ha ! N'est-ce pas une preuve de la purete de mes convictions, convictions que je m'avoue et que j'avais avant sans me les avouer et sans me comprendre. Que diable on a ete jeune et ignorante. Je ne fais que commencer a m'instruire et a me rendre compte de beaucoup de choses...
Qu'importe ! Je suis tres malheureuse.