Jeudi, 4 septembre 1879/Vendredi, 5 septembre 1879
Après deux jours agréablement passés nous avons quitté Dieppe.
J'en suis ravie. Il est deux heures du matin, je suis fortement ennuyée.
Je suis sortie avec Berthe, nous sommes allées au Bois où il y avait du monde très amusant et le baron de l'Ariège et Hecht. Ce dernier a demandé si nous serions chez nous ce soir. Alexis était là avec son joli cheval et sa voiture toute neuve, nous l'avons pris dans la nôtre après avoir presque suivi le baron qui au moment où nous approchions venait de quitter une voiture de cocottes. Nous nous sommes beaucoup amusés aussi de revoir des figures de Dieppe. Alexis a dîné chez nous, Hecht est arrivé plus tard et pendant deux heures nous a raconté Gambetta; ce juif parle pas mal et quand il s'agit de Gambetta il devient éloquent, la manière dont il a rendu et expliqué un discours de Belleville est vraiment une chose remarquable.
J'écoutais avec un vif intérêt et j'admirais sincèrement, pas Hecht, Gambetta. Mais je suis fortement contrariée par mes mères... Elles sont maladroites, elles fatiguent, elles insistent sur des choses qu'il faut passer vite... et puis je ne sais si c'est une idée... mais elles me rendent malheureuse par un tas de petites maladresses si gênantes, si désagréables; un manque de tact qui me ferait crier et m'affole; je veux toujours arranger, rattraper et je suis forcée de plaisanter à outrance. Habituée à me voir folle elles ont fait toutes sortes de petites agaceries gracieuses pour que je le sois ce soir, elles pensent que je suis brillante alors que je suis comme j'étais avant. Je suis humiliée et désolée. Quand je veux être sage on m'en empêche ! Quand elles font des frais elles sont abominables !
Pourquoi ne pas me laisser tranquille ! Non ! Me mettre toujours en scène, approuver, appuyer, prévenir, ce que je dis; et puis cela me donne l'air bête. Je pardonnerais tout si c'était vrai ! Mais ce n'est que de la pose. Et puis... que voulez-vous que je vous dise si ce n'est que en général j'ai beaucoup de choses pour être heureuse mais qu'en détail je suis très à plaindre.