Deník Marie Bashkirtseff

Mon journal et ma vie de tous ces jours vous sont contés par les gazettes. Mme de Bailleul est une charmante femme, nous lisons ensemble et nous nous indignons ou admirons.
J'ai devant les yeux la photographie du Prince Napoléon avec ses deux fils. Regardez ces trois splendides créatures et qu'on vous dise après que le bonapartisme est mort ! Hier sont venus nous voir le père et la mère Gavini et à dîner nous avions la Pribilsky et Bojidar qui me nomme la mère Arnaud parce que je le baptise le père Couvelet.
Les cheveux se dressent sur la tête quand on lit les détails de l'assassinat du Prince. Le lâche infâme qui l'a vendu va être jugé. Dieu si on le pendait. Mais non, ce ne serait pas assez. Il faudrait lui faire subir une longue agonie comme celle du Prince qui les a entendus s'enfuir, qui les attendait, qui se défendait espérant toujours qu'ils allaient le secourir. Ile maudite, peuple vile et cynique.
Je crois tout de même que le chagrin des gens intéressés comme Cassagnac n'est pas aussi vrai que le mien. Je ne perds rien à la mort du malheureux assassiné mais je vous assure que c'est une des grandes et profondes émotions de ma vie.
Dans "L'Ilustrated London News" que je vous garde [Manque] vous verrez ce malheureux enfant sur les genoux de sa mère, à peine âgé de quelques mois; [puis c'est un bébé de deux ans] monté sur un cheval de bois; ensuite c'est un petit grenadier de quatre ans.
Puis [l'enfant partant pour] la guerre allemande et enfin ce jeune homme exilé, à Chislechurst, au collège, à la guerre avec Carey I!
Dina et maman s'en vont quand je veux leur lire ces atroces détails et dépositions et enquêtes. Elles ne peuvent pas tranquillement supporter ces horreurs.
Moi, au fond du cœur, c'est la fille Acard qui m'amuse. Je demandais une réhabilitation. Il est réhabilité et c'est la fille Acard qui en profite. On dit qu'il l'a épousée [dans un] élan de générosité pour réparer des torts qu'il se croyait personnels. C'est une explication comme une autre de ce phénoménal mariage. Qu'importe ! Il est à elle pour toujours, les dieux l'ont décidé ainsi.
Vous savez que je suis souvent la foule. Comment voulez-vous que je ne sois pas subjuguée par ce "charme pénétrant" dont a parlé le Procureur général dans son réquisitoire et qui a gagné le jury ? Quand je lis des discours du Défunt c'est comme si je les entendais tellement je connais chaque intonation; je devine les effet et les éclats et les surprises. Mais... j'ai montré le portrait de Dina à Julian qui m'en a fait les plus grands éloges... Le prince Jérôme serait splendide à peindre.