Mardi 1er juillet 1879
Comme il y a beaucoup de journaux qui portent la date du lendemain et que cela vous brouillerait je vous préviens que ce nombre sont: "le Gaulois", "l'Estafette", "Le Pays".La lecture des révoltantes et cyniques dépositions des soldats Anglais m'a encore plus révoltée je crois que l'assassinat lui-même.
Dina qui est si calme n'a pas pu en entendre la lecture jusqu'à la fin; elle s'est levée et s'est mise à me dire d'une voix vraiment émue qu'elle ne voulait plus, qu'elle ne pouvait plus entendre de telles horreurs. Lisez de pareilles infamies ne demandent pas de commentaires. Cela surpasse tout ce qu'on peut s'imaginer en fait de lâcheté, d'atrocité, de cynisme, d'horreur.
Et je suis prête à dire avec Mme Gavini que si quelque chose me donnait une crise de nerfs, ce serait d'entendre parler d'Anglais.
Si grand-papa était vivant il en serait malade. Mais au moins le pauvre cher "petit Prince" n'aura pas passé inaperçu et la gloire de son nom et de sa glorieuse mort seront la punition de ses ennemis. C'est bête à avouer mais quand je pense à toute cette splendide et déchirante aventure je sens ma peau se crisper et mon souffle s'arrêter et alors je signerais bien l'arrêt de mort de tous ces traîtres. Leurs dépositions ! A-t-on jamais vu rien d'aussi épouvantable, hideux, lâche ! J'ai lu ces saletés en fiacre en allant à l'atelier et je serrais les dents pour ne pas crier mais sans le bruit des roues on m'entendrait gémir malgré les dents serrées... Je sais que c'est ridicule pour quelqu'un que je n'ai jamais vu. Mais ce n'est pas pour l'homme. Ce sont toutes ces infâmes circonstances ! J'espère que je ne m'adresse pas à des repris de justice et qu'on partagera mon indignation.
Quant à Cassagnac je ne l'adore plus parce qu'il a été maladroit et presque ridicule dans cette affaire. Mais aussi quelle disgrâce !
Ce Jérôme qu'il a toujours insulté et qui devient son maître.
Cet excellent Acard attendait avec impatience de succéder au pauvre M. Rouher et voilà que...
En somme ce n'est qu'un magnifique "gueulard" comme dirait Rosalie. Et sa situation vis-à-vis du Prince [est pour] le moins aussi difficile que celle du Prince vis-à-vis de l'Empire. Mais Jérôme manœuvre avec une prudence extraordinaire et finira bien par sortir de ce mauvais pas, c'est-à-dire par s'en faire sortir. Tandis que mon ami Paul est coulé. Mon ami Paul a manqué de tact et j'attends qu'il se réhabilite.