Deník Marie Bashkirtseff

Toute la journée de jeudi est perdue pour le travail, car nous allons à la messe de Saint-Augustin dont vous trouverez les descriptions exactes dans les journaux.
Pour ma part personnelle je vous dirai seulement que je suis mise à miracle, tout en noir avec des violettes recouvertes de tulle noir sur le chapeau.
Nous sommes entrées avec la foule et je n'ai pas vu grand chose, si, j'ai vu Cassagnac mais de très loin. L'église claire et neuve, pas même tendue de noire n'était pas d'accord avec la circonstance. En dehors et dans l'église de vieilles femmes pleuraient en parlant de leurs fils qui "peuvent mourir comme ça". Que dites-vous de l'épisode de la colombe ?
Si l'on est croyant on doit croire à cela plus qu'à autre chose car s'il y a une âme pure et sans tache, c'est celle du Prince qui vient de mourir pour la honte éternelle des Anglais et les larmes qui devraient être éternelles de la France. On a beau dire que toutes ces feuilles mangent depuis huit ans au râtelier de Chislehurst. J'admets leurs calculs mais j'admets aussi la sincérité de leurs larmes. Les ennemis de la famille Bonaparte eux-mêmes ont pleuré ce malheur affreux.
Je suis heureuse de constater les sympathies universelles envers la mère cent fois malheureuse qui paye en ce moment toutes ces années de grandeur. On dit qu'il y avait beaucoup de curieux, voilà pourquoi la foule était si grande. Faut-il être méchant et haineux pour insinuer de pareilles perfidies !
Il y avait trop de violettes et trop de larmes pour que cette calomnie fut admise. On a bien senti ce jour-là qu'on avait perdu l'enfant de Paris, l'enfant de la France, que chacun se souvient avoir vu baptiser, bébé, petit garçon, et non un simple prince.
Il était trop en vue pour que malgré soi on ne s'y attachât plus qu'on ne le croirait et pour qu'on ne le considérât pas un peu comme son enfant à soi.
L'idée d'une tombe française de Tarbé est trop belle pour qu'on ne l'accuse pas de puérilité.