Deník Marie Bashkirtseff

Voici les journaux. [Manque]
Tout en m'habillant je cause avec Rosalie, c'est mal si vous voulez mais c'est ainsi. Je lui parle pour ne pas parler toute seule et je lui rends compte de ce que je vois et entends (des comptes-rendus, arrangés) pour m'amuser à l'entendre faire ses commentaires.
La désapprobation de la fille Acard horripile Rosalie, elle trouve qu'il aurait mieux valu donner à son mari une giffle à la maison. L'espèce de persécution dont Cassagnac a été une sorte de victime me monte la tête - surtout hier. Les journaux rient du chapeau de Gambetta, moi cela m'a glacée. Il y avait quelque chose de sinistre dans la figure de cet homme avec ce chapeau.
Monsieur Obidine dîne avec nous et puis arrivent les deux Karageorgevitch.
Devant Obidine il fallait jouer mon rôle de femme supérieure mais lui parti j'ai monté des scies aux deux enfants et leur ai débité les vieux restes des folies Cassagnac et Blanc.
Vous verrez dans les journaux répubublicains des jugements sévères quoique justes.
Du reste la fille Acard est mécontente, sale et bête. Et cette espèce de danseuse sera peut-être capable de se mettre à la hauteur du four que vient de subir ce pauvre Mirabeau ?!
Jamais de la vie ! Il y a peut-être eu une scène à la maison. Sale bête. Je ne sais si cela tient à mon chapeau d'hier, à celui de Gambetta, à Mme de Boishébert ou à une autre chose encore, mais je reprends possession de mon Mirabeau. Tout ce tapage peut s'expliquer de deux façons mais il est plus probable que notre orateur n'a pas lieu d'être content et c'est justement "le malheur qui le frappe" qui me rapproche de lui. Il est vrai que s'il avait obtenu un succès énorme je m'affolerais également pour lui, ainsi il n'y pas à biaiser ! que ce soit une chose ou l'autre le résultat est le même. Et plus je serai folle du Défunt plus je donnerais tout au monde pour faire durer la République.
Voyez-vous la fille Acard à la cour ?