Samedi 24 mai 1879
"Le Pays" de ce soir est faible, l'article est mauvais; l'homme a diminué.En voilà encore un faux chevalier, faux délicat, faux loyal, faux brave.
Tony n'a pas été mécontent de moi, mais ce n'est pas assez...
Enfin, je suis bien contrariée, vous allez voir pourquoi.
Hier, nous avions rendez-vous avec Gavini au Salon; la stupide Oelsnitz est venue me chercher à l'atelier avec vingt minutes de retard, cela m'a fâchée et je n'ai plus voulu y aller que vers cinq heures, il était trop tard bien entendu. Or Gavini nous attendait avec Arnaud, "qui vous a attendu plus d'un quart d'heure". Voilà une chose bien ennuyeuse; la connaissance du petit ou du grand Arnaud serait une excellente chose de toutes manières... enfin ça ne m'étonne pas... Et c'est cette petite horreur d'Oelsnitz qui est cause de nous. Une autre fois ça ne se trouvera pas... et encore au Salon. Enfin !
Nous sommes allées à Versailles d'une manière tout à fait charmante. Toilettes fraîches quoique noirs cavaliers : Gavini, Dugué augmentés au retour de MM. de Maillé, Larrey, et encore un autre.
J'avais une taille adorable. Arrivées à une heure quarante nous avons attendu vingt minutes l'arrivée du Président et aussitôt a commencé l'explication Cassagnac. Il y a eu un tapage énorme jusqu'à trois heures, alors il y eut un petit vide et puis le départ en sorte que nous étions à Paris à cinq heures.
Et au retour on a causé de tout cela et je crois que j'ai été très gentille et en parlant de Parlements futurs de Russie, Gavini a parlé du maréchal de la noblesse, mon père etc...
Arnaud était là bien entendu aux alentours du Président, seulement je ne lui trouve plus la figure si belle, il m'a paru mesquin, le front bas et quelque chose de mesquin dans le nez. [Mot noirci: Mais] plus on le voit plus on admire sa taille et tout son corps. Si on pouvait avoir un modèle comme lui on ferait une belle chose.
Quant à mon Paul il a parlé trop vite certaines phrases et pas aussi haut que de coutume, à part cela, l'entendre est une des grandes jouissances qu'on puisse éprouver. Le jour venant d'en haut dans cette salle les fronts des honorables reçoivent une lumière éclatante et lorsqu'on a les belles paupières lourdes de Paul, les paupières participent à cette lumière et cela donne quelque chose d'endormi qui est laid. Cassagnac vu de dos perd beaucoup, sa nuque avec ses cheveux ni longs ni courts, c'est-à-dire que les cheveux sont rejetés en arrière et ceux du front sont assez longs, à mesure qu'on descend les cheveux deviennent plus courts et sont sur la nuque presque comme chez les autres mortels; eh bien cela n'a rien d'élégant. Il grossit, le mari de Julia. Pourquoi la cache-t-il ?
Enfin. Il a un organe adorable. Robert Mitchell et un autre sont choisis pour aller demander raison au sous-secrétaire Goblet et si Goblet refuse Cassagnac a dit à Gavini qu'il l'empêchera de venir à Versailles, "qu'il lui marchera sur les pieds et lui crachera dans la figure". Le voyez-vous mon Cassagnac. C'est un ange...
A la maison nous trouvons un tas de femmes, Mmes Gavini, de Bailleul, de Souza, de Wykerslooth; M. et Mme Goldsmid et M. Turquan et la chanteuse russe.
Enfin, j'ai la tête montée... faisons de la peinture et alors peut-être...