Deník Marie Bashkirtseff

Donc, hier je suis allée écouter à la porte ce que disait ma respectable famille. Et je crois bien que pour cette fois je ne conserverai plus d'illusions sur le compte de tous ces gens-là.
Pendant deux heures je les ai écoutées se consolant les unes les autres et calmant leur conscience en rejetant toutes les fautes sur moi et en disant que je suis punie par le ciel parce que je persécute le malheureux Georges. Tout ce que des étrangers et des ennemis pourraient dire, on l'a dit. On m'a calomniée, on m'a salie, on m'a avilie. On a froissé toutes mes vanités et on a promené de gros doigts sales sur toutes les blessures de mon amour depuis que je suis jeune fille. Et je ne crois plus que ce soit de la stupidité, car lorsque Jeanne, qui connaît les persécutions contre ce malheureux Georges, a rencontré ma mère en lui disant: chère amie, chère amie, Marie a raison; ne vous opposez pas à ce qu'on vous délivre de cette honte.
— Ma charmante mère a répondu : Mais ma chère madame, au contraire, je désire en être débarrassée et ne doutez pas que nous ne prenions des mesures, nous en avons déjà prises, ce qui me tourmente et me chagrine c'est que ma malheureuse enfant se compromette en fourrant son nez partout.