Deník Marie Bashkirtseff

Je trouve Berthe chez nous et le soir nous rangeons les livres avec Bojidar que je nomme imbécile, idiot, etc. ce dont il est très content.
Une conversation assez drôle avec Breslau, nous étions dans l'antichambre, elle, Sarah et moi. J'ai donné une orange à Sarah qui en offrit la moitié à Breslau, en lui disant en riant: "Prenez, c'est de moi et pas de Mlle Marie", et comme elle hésitait, je cessai de laver mes pinceaux et, me tournant vers elle :
— Je vous l'offre, dis-je en souriant, elle en fut toute interdite, prit l'orange et rougit.
— Moi aussi.
— Ce que c'est que d'avoir des oranges, dis-je en pelant une seconde; prenez-en donc encore, Mademoiselle.
— Regardez donc Sarah, nous avons piqué toutes les deux un soleil !
— C'est si bête, dit Sarah !
— Vous êtes comblée de mes bienfaits, dis-je en riant à Breslau, en lui offrant une nouvelle tranche.
— Vous voyez bien que je me fiche de vous, me dit-elle en la prenant.
— Pas tant que moi de vous. Mais, si vous vous fichiez de moi tant que cela, vous seriez moins rouge.
— Je me fiche aussi de moi.
— Ah ! fort bien alors.
Et comme cela devenait assez tendu, je me mis à les regarder en riant.
— Je vous admire !
— Moi ? demanda Breslau.
— Oui, vous.
— Vous faites bien.
— Parbleu !
Et c'est tout.
— Venez-vous Sarah ! dit Breslau. Je me remis à ma lessive.
— C'est enfant.