Lundi 8 avril 1878
Multedo a quelque chose de la brute dans le nez. Je lis pendant "les repas" à l'atelier, "Le lys dans la vallée". Je suis à la moitié du livre et je ne l'aime pas. Quand Mme de Mortsauf parle de sa tante il me prend des envies de rire.[Une ligne cancellée]
Les réélections sont un four complet ! sur toute la ligne on a élu des républicains. On a élu M. Gent. Cela vous peint bien la décomposition du pays. Et dans le Gers à Auch on a élu un David quelconque au lieu de M. Peyrusse pour la candidature duquel cet idiot de Cassagnac qui était allé exprès dans le Gers a dépensé un tas de discours et en vain !
Oh ! si j'avais été là. Si j'étais homme et même sans être homme, si seulement j'étais là ! Mais voilà on ne sait pas m'utili-
ser ! ces fous s'ils savaient ! Enfin dites si ce n'est pas pitoyable !
Ce Paul de Cassagnac qui fait un voyage, qui "entraîne les populations avec sa parole ardente". Ah bien oui, ah bien oui.
Berthe dîne chez nous.
Aujourd'hui de trois à six heures a eu lieu la première leçon d'anatomie à l'atelier. En vieux chapeau gros vert, couverte d'un long manteau à carreaux verts bleus et noirs, ayant l'air d'une vraie Suissesse je suis allée me promener au Palais Royal avec Breslau, en attendant le modèle.
C'est la Suédoise qui console Cassagnac qui doit être à l'heure qu'il est de retour après sa glorieuse tournée. Ce David ou ce Goliath a eu plus de deux mille voix de majorité.