Samedi 16 mars 1878
Vous n'aviez pas besoin chère Mademoiselle de craindre Cassagnac, il ne vient pas. Il s'était invité et il se désinvite. Et moi qui suis si gaie et si jolie et si bien coiffée. Je ressemblais à Madame Récamier ce soir.[Quatre lignes noircies : Mais d'abord voici ma réponse aux excuses de Cassagnac, traître ! voici...]
- [Samedi 16 mars 1878] Traître, que dira Victorine ? Je cours la décommander mais je doute qu'elle se conserve jusqu'à samedi prochain.
Je suis allée voir l'Exposition aux Mirlitons. J'aime vraiment mon métier et je suis heureuse de m'en assurer toujours davan-
- Ibid., Marie Bashkirtseff, Journal Ediition intégrale par Luricie Le Roy . L'Age d'Homme, p. 215
tage.
Depuis quelque temps, m'a dit Robert-Fleury ce matin, il y a une limite que vous ne pouvez franchir. Ce n'est pas bien. Avec vos dispositions vraiment réelles vous ne devriez pas vous arrêter aux choses faciles d'autant plus que le plus diffide vous l'avez.
Je le sais pardieu bien ! Un portrait à faire à la maison et puis Cassagnac et puis ces horribles tracas domestiques. Mais cela ne me troublera plus, je ne le veux pas. Cassagnac ne me donnera rien tandis que la peinture me donnera quelque chose. Au moins s'il me regardait un peu plus, mais comme ça,... comme distraction une fois par mois, vraiment ça ne vaut pas la peine. Quelquefois on aime naturellement une femme, d'autres fois la femme se fait aimer.
Comment le fait-elle ????
[Mots noircis : je soupçonne que l'amour] vient toujours tout seul, seulement l'on croit que l'on l'a amené lorsqu'il arrive quand la femme tâche de se faire aimer, quand l'homme y est déjà disposé et serait devenu amoureux même sans artifice.
Non, on doit pouvoir se faire aimer soi-même, mais ce n'est pas commode à une jeune fille chez laquelle on soupçonne toujours une idée de mariage qui répugne lorsqu'on n'est pas amoureux fou.
Victorine s'est excusée pour ce soir ! J'épingle ensemble les deux lettres et je ne m'en sépare plus jusqu'à une visite de Popaul. Est-ce qu'il serait assez brute pour s'accommoder d'une pareille dinde truffée !
Ce que nous en avons dit des bêtises avec les Boyd ce soir !
Messieurs d'Andigné et de Beaurepaire qui a été plus convenable que de coutume, sauf lorsqu'il dit à Berthe qui se disait communarde que pour une demoiselle à marier ce n'était pas heureux pouvant mener au communisme. Berthe ouvre de grands yeux et je dis :
- Elle n'est pas française Monsieur et elle n'a pas compris. Ni moi non plus.
Il ne doit pas m'aimer.
Ce soir je n'aurais pas eu peur si Cassagnac était là.
Mais lundi comme je franchirai la limite dont parle Robert-Fleury. Il faut surtout être bien persuadée qu'il faut arriver et que l'on arrivera.
Gloriae Cupiditas
Livre 79^ème^ commencé le dimanche 17 mars 1878 terminé le vendredi 3 mai 1878 avenue de l'Alma 67, Paris