Deník Marie Bashkirtseff

Paul devant partir ce soir je ne suis pas allée à l'atelier l'après-midi d'ailleurs grâce à Breslau la semaine est perdue bien qu'elle m'eut rendu la place.
J'ai pleuré, Paul est venu faire ses adieux à grand-papa et celui-ci se mit à crier et à pleurer comme un enfant, ne pouvant parler il retenait Paul par la main, criait et regardait maman avec des yeux si suppliants, si malheureux, si désolés que Paul n'a plus pu retenir ses larmes et moi et maman et grand-papa ne s'est calmé que lorsqu'on lui eût donné parole d'honneur que Paul ne partirait pas ce soir.
Voilà ce que m'écrit ce misérable bonapartiste :
^3^ Mercredi [9 janvier 1878]
Je reçois votre lettre à minuit, en rentrant. Comment diable, voulez-vous que je puisse me procurer des billets pour la séance de demain jeudi ?
D'ailleurs, il n'y aura pas séance demain jeudi. On passera tout le temps à voter pour nommer le bureau.
Et ce sera pas très rôle. Quand vous désirez aller à la chambre, prenez la peine de m'avertir deux jours d'avance. Sans cela, il m'est impossible d'avoir des billets.
A bientôt, ma gentille petite amie et un baiser respectueux sur vos mains tatouées.
Paul de Cassagnac
Et voici ma réponse :
Eh bien voilà, je vous avertis deux jours d'avance, ce sera donc samedi on dimanche au plus tard puisque c'est autant pour vous admirer que pour que mon frère qui s'en va dimanche soir, puisse aller à Versailles avec moi.
Si vous vous en sentez digne, vous pouvez venir samedi avec ou sans la somnambule. Il y aura deux jolies personnes.
Au revoir et que le Diable vous ait en sa digne garde.
Votre affectionnée
Marie Bashkirtseff
Madame Yorke et Berthe ont pris du thé chez nous et nous avons arrangé une partie...
Ibid, p. 126