Samedi 5 janvier 1878
Berthe a été à l'atelier et est venue le soir. Cette fille ne cesse de me parler de la société de Rome comme si je la connaissais, et puis de Paris, de tout enfin, de tout ce qui me bouleverse.Depuis le mariage de sa sœur elle va plus que jamais partout, à commencer par la cour d'Angleterre.
Il me semble toujours qu'on va leur raconter que nous avons fait four à Rome et je suis sur des épingles. Je ne pense pourtant pas qu'elle ait été, elle ou sa mère, sans parler de nous à Sommier et à beaucoup de gens qui vont à Nice et partout. Elle est jolie, la tête seulement (qui est trop grosse pour le corps). Un teint charmant, de beaux cheveux, des yeux superbes qui ont l'air de sortir un peu comme si elle venait d'avaler quelque chose de difficile, mais c'est son caractère à part et qui ne nuit à rien.
Les bals, le monde, les succès... Oh ! Misère des misères ! Je ne suis donc ni morte ni endormie.
Berthe a dit que le Monsieur qui était chez eux le dernier soir où nous y étions raffolait de Dina. Et moi, je ne suis donc rien !
Il me semble que je suis insignifiante et que personne ne fait attention à moi...
Et à Rome, à Rome elle était laide et ne s'arrangeait pas aussi bien.
Et l'Art ! Je suis comme une femme, fi ! Non pas fi. Je veux rester femme, je le suis trop pour être autrement.
Le prince de Bourbon a envoyé sa carte et demande si on sera visible lundi. C'est peut-être aussi pour Dina.
C'est le temps qui passe, passe, passe, passe !