Mardi 23 octobre 1877
Je suis très fâchée. Des Perrières et l'inoffenssif Vasconcellos sont restés jusqu'à deux heures et demie. On a soupé.
Voyant qu'il me serait difficile de me réveiller à sept heures le lendemain je pris le parti de ne pas me coucher du tout... A huit heures Rosalie entre, je lui ordonne d'ouvrir les volets et elle s'en va en les fermant. Je me lève furieuse et apprends que par ordre de mes mères la voiture a été renvoyée. C'est enrageant !! Oh ! si vous saviez comme c'est enrageant ! Ces choses-là me désespèrent et me font pleurer ! C'est par là qu'on montre son affection ! Pour que je me repose, dorme.
Fi ! les misérables !
Non, voyez-vous une pareille bêtise car c'est affreusement bête, peut me donner comme un accès de folie furieuse.
Dix heures sonnent I.
Oh ! que c'est donc absurde, stupide, insolent et bête ! oh ! mais bête !
Et Antonelli !... il y a presque deux ans et je suis honteuse comme si c'était hier.
J'ai dix-huit ans ! ! !
J'ai dix-huit ans. Ce n'est rien et c'est trop. A dix-huit ans ans j'aurais dû commencer à être célèbre.
Pour modèle d'après-midi, nous avons un nègre. Le matin une femme Italienne, une trasteverina avec son antipathique costume.
Il y a un chapeau qui n'est pas tout à fait bien, ces absur-dités-là m'inquiètent toujours, c'est drôle, n'est-ce pas.
J'ai demandé, entre autre à Carie des Perrières, s'il n'avait pas rencontré chez Audiffret le comte de Larderei.
- A Monaco, oui, Mademoiselle, je l'ai vu causant, avec des amis à moi et puis s'approcher de la table, tirer son porte-monnaie et un éventail avec lequel il s'éventait continuellement et dont il ne se séparait jamais. C'est pour cela même que je l'avais remarqué.
C'était un éventail que lui avait donné maman.
Le déguisement... le roi... Oh ! mon Dieu que je suis misérable et... et honteuse.