Mercredi 17 octobre 1877
Il faudrait payer à l'atelier, on paye d'avance le mois et voilà déjà deux semaines que j'y vais.
// n'y a pas cent soixante francs pour payer cela.
Le comte Carie des Perrières, gentilhomme ruiné, habitant de Nice, duelliste, voyageur, écrivain, joueur etc. dont on a dernièrement fait connaissance à Nice est à Paris et vient nous voir. Il a été aujourd'hui, j'ai fait sa connaissance. Il parle bien et a l'air d'un honnête garçon et brave. Il a fait plusieurs campagnes comme volontaire et puis... on voit de suite quel homme on est. Cet homme-là ne dira jamais de mal de personne, c'est-à-dire de calomnie. Carie des Perrières est de la bande d'Aspremont, Audiffret et autres. Il peut avoir trente ans; taille moyenne, maigre, nez trop long et trop courbé, un teint terreux avec des cheveux noirs ou blonds.
Diable, comme je le décris longuement.
Mais voici une lettre de cet excellent Suisse empaillé. Lettre chargée avec cinq cachets, [lettre épinglée dans le manuscrit, mais manque]
Je suis si embêtée ! Ces misérables cent soixante francs !
Il est dix heures. Je suis in extremis, c'est-à-dire un pied dans le lit et on vient me dire que le petit Portugais est au salon, en cravate blanche.
Non, vraiment il y a des gens qui n'ont pas de chance. Dina dort, moi presque.
Et dire qu'à Naples je terminais ma toilette vers neuf heures et demie dix heures et que quelques-uns arrivaient à onze heures.
J'ai été chez Fauvel, ma gorge est guérie, les cordes vocales sont blanches ! Il n'y a qu'un affreux catarrhe du nez qui s'en ira dans quinze jours, le catarrhe.
Sera-ce beau !
Je vous dirai aussi que j'ai mal travaillé ce matin parce que diable sait comment je m'étais souvenue... d'Antonelli.
C'était moi ! Moi qu'on a osé... Misérable ! Misérable. Misérable.
Et cet homme vit ! Et je ne peux rien lui faire ! Oh ! je le hais, je le hais, je le hais.
Ça a l'air bête, n'est-ce pas ? Eh bien c'est pourtant vrai, je le hais et je me dis avec dégoût qu'il vit... Comme si rien n'était... Et moi je suis outragée... là-bas à Rome, sur l'escalier de l'Hôtel de la Ville ! ! Non, c'est vraiment affreux, hideux.
[En travers : Dans la crainte qu'un lecteur qui n'aurait pas lu tout pense les dernières horreurs en lisant la fin de cette page, je veux expliquer cette chose de l'escalier de l'hôtel de Ville. Antonelli m'avait prise dans ces bras d'une façon trop significative, d'une façon ignoble, je me suis dégagée avec horreur. Et voilà ! ]