Deník Marie Bashkirtseff

Lautrec écrit toujours. S'il nous aime vraiment c'est touchant.
Nous avons fait une promenade au Bois. Il y avait des courses. Je ne sais plus ce qui se passe. Nous avons rencontré lady Spencer Cooper, les Durand.
Je suis honteuse de moi.
Détestable indécision. Je suis redevenue laide. Les yeux cernés, les joues enflées, les paupières lourdes. Une horreur.
Georges vient tous les soirs. Grand-papa le laisse presque crever de faim et cause avec lui de choses et autres comme avec un visiteur. Et comme avec ça il raconte toujours la même chose, s'embrouille et se trompe, je le trouve tout bonnement dégoûtant ce pauvre vieillard, égoïste, despote, insensible, démodé et à force de toutes ces qualités... révoltant.
Fauvel dit que je suis guérie. Mais je sens sans même avoir essayé de chanter que la voix est encore faible. D'ailleurs cette maladie de trois ans, guérie en deux mois me semble quelque chose de trop beau. Pourtant les cordes n'ont plus rien, la gorge est bien aussi; il n'y a que quelques petites taches rouges et naturellement la fatigue produite par tous ces traitements.
Je me donne tout cet hiver de repos; ce n'est pas trop quand on pense que ma gorge est malade depuis trois ans avec des intermittences, et depuis un an continuellement. Vous vous rappelez en Russie je ne pouvais pas même parler à Pétersbourg et trois semaines après...
En vérité je suis adorable de vous entretenir de choses si intéressantes. Chien que je suis.
Les Vigier ont déjeuné à une table voisine de la nôtre. J'étais embêtée, saluer la première serait mon devoir mais j'étais si peu sûre ! Ne pas saluer était embarrassant. L'excellente dame me tira d'ennui en saluant la première ce dont je lui sais un gré infini. Je saurai désormais qu'il faut la saluer.