Deník Marie Bashkirtseff

Comme mon journal me ressemble peu ! Ce n'est pas moi qui écrit. J'emploie des expressions, je tourne mes phrases avec trop d'affectation. Je suis très simple.
Hier, maman a écrit en Russie pour Rome.
Demain matin nous partons. J'aime bien Schlangenbad. Les arbres sont superbes, l'air doux; on ne rencontre personne si l'on veut. Je connais tous les sentiers, toutes les allées. On serait heureux si on pouvait se contenter de Schlangenbad.
Mes mères ne me comprennent pas. Dans mon désir d'aller à Rome, elles voient les promenades au Pincio, l'Opéra, Antonelli et des "leçons de peinture". Et si je passais toute ma vie à leur expliquer mon enthousiasme elles le comprendraient peut-être mais comme une chose inutile, une fantaisie à moi. Les petites misères de tous les jours les ont absorbées... et puis on dit qu'il faut être né avec l'amour de tout cela, autrement on ne comprend jamais quelque spirituel, distingué et excellent qu'on soit. Mais n'est-ce pas moi plutôt qui suis bête ?
Je voudrais être fataliste.
J'ai dit adieu à la comtesse Benvenuti que nous avons vue souvent, presque tous les jours. Elle est extrêmement aimable pour moi, sed inutilis.