Deník Marie Bashkirtseff

Je n'ai pas dit hier ce que je voulais ! Je ne puis jamais dire comme je pense !
A lire hier on dirait un simple roman. Pas du tout ! Un simple et commun désir de mon âge de souffrir pour Lui ! Pas du tout ! Puisqu'on ne souffre pas ! J'ai pleuré sur Gioia, [Quelques mots cancellés] mais je m'estimerais heureuse de vivre comme elle.
Sans la gloire, sans le bruit qu'a fait sa statue dans le monde, je ne sais si ce serait la même chose. Mais avec cela tout est si complet, si beau. N'ai-je pas essayé de faire comprendre qu'il y avait des malheurs qu'on pouvait aimer ?
J'ai oublié de dire hier que l'amour tardif de Hilarion pour elle était venu par et à cause de sa gloire. On l'a bien deviné d'ailleurs. J'ai fini toutes mes cures, Fauvel me laisse partir.
Où aller ?
Une séance très intéressante avec Worth où j'étais avec les Cartier.
Hall devient "gentille" on le dit dans le quartier.
- Votre demoiselle ne devient pas mauvaise en fréquentant des personnes mal, mais ces personnes deviennent bien. - Voilà ce qu'on dit à Rosalie.
Je suis tiraillée de tous les côtés. Où aller ? Mon cœur me pousse à Còrno, mais il me semble que Biarritz convient davantage pour précéder un hiver à Paris. Et pourquoi Paris ! Pour l'Exposition ! Que me fait-elle ? Rien, mais il vaut mieux rester ici, on en jouira mieux, étant plus habitué à la ville.
Paris, pour les robes, Paris pour l'esprit, Paris pour y exposer ce qu'on a créé ailleurs car Paris seul consacre la gloire, mais vivre à Paris !...
Quand on a une fois respiré l'air de l'Italie et vu les objets éclairés par son soleil, on ne peut plus trouver ailleurs ni air, ni clarté. Les gens heureux peuvent l'être partout, mais les misérables, les offensés, les désillusionnés, ceux qui n'ont rien ou presque rien, qu'ils aillent à Rome.
Allez à Soden, dit le bon Etienne.
Pourquoi ? lui répond ma personne invariablement.
Pour retrouver notre petite voix.
Qu'importe !
Il importe beaucoup, c'est une telle offense de l'avoir perdue !
Il y a tant d'offenses en ce monde !
Mais celle-là est atroce, c'est la plus cruelle. Ce n'est ni une fortune, ni rien des hommes, c'était un don de la nature elle-même...
Il m'a fait beaucoup de mal en me rappelant cette injustice. Qu'on ne me donne rien de ce que je demande, mais qu'on ne me prenne pas au moins ce qui était à moi !..
Pardonnez-moi Mon Dieu, ces paroles, je le dis pour parler comme les autres, et pas avec l'intention de Vous oser trouver injuste.
[Rayé : Lettre de Paul demande dette à son père. ]
Paul m'écrit et me supplie de lui donner les moyens de venir ici pour rester toujours. Est-ce possible ?