Deník Marie Bashkirtseff

(onze heures du matin)
Non ! Je ne peux pas rester à Paris.
Voyons, raisonnons sur papier, sans cela je me perds et ne comprends rien.
Pourquoi rester à Paris quand tout me pousse en Italie ?
Je ne sais pas ! Je suis desespérée !!
Voyons, qu'est-ce que je cherche, qu'est-ce que je demande?
Oh ! vous le savez bien !
Avant tout vivre comme tout le monde !!! Et ensuite très naturellement faire un grand mariage. Mais pour le second le premier est nécessaire à moins de hasard, de chance, de bonheur comme en ont quelques uns dans ce monde.
Et ma peinture ! Les arts sont dans l'air en Italie.
(onze heures du soir)
Et l'Exposition ! Mais ne nous torturons pas avant d'aller à Aix, c'est après qu'on décidera.
[Deux lignes cancellées]
J'ai passé la journée à voir de vraies merveilles de broderies antiques et artistiques, des robes qui sont des poèmes chevaleresques ou des bucoliques, toutes sortes de splendeurs qui m'ont fait entrevoir un luxe que je n'ai presque pas soupçonné, et ce luxe non pas dans le demi-monde, mais dans le vrai monde. Oui, tout cela est beau, mais à quoi cela me sert-il à présent ? A être taxée d'extravagance et à ne pas trouver facilement de mari parmi les sages et les hommes le sont tous d'une certaine façon quand il s'agit d'épouser.
Ah ! l'Italie.
Si je consacre un mois deux fois par an à mes hardes c'est pour ne plus m'en occuper après.
C'est si bête les robes quand on s'en occupe spécialement, mais moi, les robes me mènent aux costumes et les costumes à l'histoire.