Lundi 20 novembre 1876
Après avoir fait le tour de mes habilleurs et avoir eu le plaisir de voir Georges à dîner, nous sommes allés voir "Paul et Virginie", le nouvel opéra de V. Massé, et dont on dit le plus grand bien.[En travers: Et naturellement je pensais à Cassagnac en écoutant "Paul et Virginie". J'aurais voulu l'avoir à côté de moi pour rencontrer ses yeux quand la musique serait la plus belle, mais comme c'était des pensées... amoureuses je n'en dis rien et pensais à autre chose, étant dégoûtée de l'amour par Antonelli.]
Les loges parisiennes sont des instruments de torture, nous étions quatre, dans une première loge à cent cinquante francs et nous ne pouvions remuer.
Un intervalle d'une ou deux heures entre le dîner et le théâtre, une large et bonne loge, une robe élégante et commode; voilà dans quelles conditions on peut comprendre et adorer la musique.
J'étais dans des conditions précisément contraires, ce qui ne m'a pas empêchée d'ailleurs d'écouter de toutes mes oreilles Engalli la Russe, et de regarder de tous mes yeux Capoul, le bien-aimé des dames. Sûr de l'admiration, le bienheureux artiste se fendait comme dans une salle d'escrime en poussant des notes déchirantes.
Non, plaisanterie à part, Capoul a si bien compris son rôle qu'on ne croit plus voir un acteur... il s'oublie lui-même et il devient admirable... bref il m'a ramené à l'esprit les protestations et... les baisers du.... Romain, tiens !.. deux heures de la nuit déjà...
Maman oubliant tout pour ne penser qu'à mon bien-être a longtemps parlé à mon père. Mais le monsieur répondait par des plaisanteries ou bien par des phrases d'une lâcheté révoltante. Enfin il dit qu'il comprenait bien cette démarche, que les ennemis même de maman n'y verraient rien que de bien naturel, et qu'il savait qu'il serait convenable que sa fille arrivée à un certain âge eût un père pour chaperon. Aussi, promet-il de venir à Rome comme nous le proposons.
Si je pouvais lui [le] croire...
J'oublie de dire que j'ai vu Mme de Daillens qui est venue me voir dans mon lit... et puis quoi encore ?... Rien.
[//]: # ( 2025-07-22T21:10:00 RSR: Entry extracted from book 9 raw carnet, lines 6179-6203. Marie attends the new opera "Paul et Virginie" by Victor Massé, suffering in cramped Parisian boxes. Her musical awakening is complex - thinking romantically of Cassagnac while listening, yet disgusted with love due to Antonelli's betrayal. Capoul's magnificent performance as Paul reminds her powerfully of "les protestations et... les baisers du.... Romain" - the passionate declarations and kisses of the Roman (Antonelli). Her mother negotiates with her father about Marie's social debut, and he reluctantly promises to come to Rome as chaperone, though Marie doubts his sincerity. The evening visit from Mme de Daillens provides slight social connection, but Marie's primary focus remains on the painful stirrings of new romantic interest in Cassagnac despite her emotional damage. )