Deník Marie Bashkirtseff

Nous avons fait une grande promenade au jardin, Miloradovitch était mon cavalier, m'aidait à monter, à descendre. Nous avons visité la chapelle et le caveau contenant les cercueils de mon grand-père et de ma grand-mère Bashkirtseff.
Michel me suivait en faisant le geste d'un chien qui fait le beau, avec des yeux suppliants et soumis, et faisant sans cesse des gestes de désespoir vers Gritz. Pacha marchait en avant et quand il me regardait, ille faisait avec des yeux tellement haineux que je détournais la tête.
Non, vrai, je ne m'en doutais pas, mais je suis effroyablement coquette et la liberté de la campagne, et le sans-façon amical, me rendent abominable. Je m'observe, je m'observe et je m'étonne moi-même et j'acquiers la conviction que la femme c'est tout bonnement affreux. Je ne le dis pas par vantardise, c'est une simple réflexion qu'il ne faut pas tourner en ridicule.
Si maman savait qu'au souper de Poltava, j'ai eu la dernière goutte d'une bouteille de champagne, par hasard, et qu'en buvant à ma santé, [Mots norois: les bras] de Nadine, d'Alexandre, de moi et de Gritz se croisèrent comme pour un mariage. Pauvre maman comme elle serait heureuse !
Certes, Gritz fond, mais c'est un homme très difficile à avoir. Borné, vaniteux et avec une maman du diable.
Nous nous rappelons notre enfance, le jardin public d'Odessa.
- Je vous faisais la cour, donc !
Je réponds par mes meilleurs sourires pendant que le gommeux fait des grimaces implorantes et me prie de le laisser porter ma queue. Il l'a fait hier et a reçu le surnom de porte-queue.
Nous avons fait une partie de croquet. Gritz avec moi et moi coquette comme un diable sous des airs simples.