Deník Marie Bashkirtseff

— Mais papa, dit Paul, qui donc a envoyé cette dépêche que Marie a reçue à Pétersbourg, signée de mon nom ? car ce n'est pas moi.
Mon père se troubla un peu.
— Eh bien, dit-il, je dois avouer, c'était moi, tu vois je suis de suite attrapé, mais., c'est égal, qu'est-ce que ça prouve ? Seulement ça prouve que je désirais... enfin, ça prouve... bien, oui, fort bien.
— Oui, c'est fort bien, et tant mieux dis-je.
Je me mis à faire ma toilette et je le laissai entrer pour qu'il vit mon linge et tout. Ma taille l'enchante, l'homme vain est fier de se montrer. Nous étions prêts, mais il voulut attendre les domestiques et le bagage pour que le cortège fût plus imposant. Un carrosse à quatre chevaux, une calèche, et un drochki à capote, attelé d'une troïka insensée au petit prince.
Mon genitor me regardait avec satisfaction et se tenait à quatre pour paraître calme et même indifférent.
D'ailleurs il est dans son caractère de ne rien montrer de ses sentiments.
A moitié chemin je montai dans le drochki pour aller comme le vent. Le petit horreur me fait rire. Au bout [Mots noircis : de vingt-cinq minutes nous] avions fais dix verstes. Il restait encore deux verstes jusqu'à Gavronzi et j'allai de nouveau avec mon père pour lui donner la satisfaction d'une entrée imposante.
La princesse bossue nous rencontra sur le perron.
— Hein ! fit mon père, comme elle est grande... et intéressante, n'est-ce pas vrai ? Hein ?
[Mots noircis: Il faut croire] qu'il a été content de moi pour hasarder une pareille expansion devant une des sœurs.
Un intendant et d'autres vinrent me féliciter avec mon heureuse arrivée.
La propriété est pittoresquement située, des collines, une rivière, des arbres, une belle maison et plusieurs petites. [Mots noircis :Tous les] bâtiments [Mots noircis : tenus parfaitement, le jardin soigné; d'ailleurs la maison a été refaite et remeublée presque entièrement cet hiver. On exhibe un grand train en affectant la simplicité et l'air de : "c'est tous les jours ainsi".
De beaux bronzes, des porcelaines de Sèvres, de Saxe, des objets d'art. En vérité je ne m'attendais pas à tout cela ici. Mais un peu de mauvais goût. Naturellement du champagne à déjeuner. Une affectation d'aristocratie et de simplicité qui frise la raideur. Des portraits d'ancêtres, des preuves d'ancienneté qui ne me sont que très agréables.
Mon père se pose en malheureux abandonné par sa femme, lui qui ne demandait qu'à être le modèle des maris. [Mots noircis: Un grand portrait de] maman peint en son absence, des marques de respect au souvenir du bonheur perdu et des élans de haine contre grand-papa et les Babanine qui ont brisé ce bonheur.
Enormément de soin à me faire sentir que mon arrivée ne change rien dans les habitudes des habitants.