Deník Marie Bashkirtseff

Je pensais ne pas sortir, mais vers cinq heures je change d'idée et nous allons avec Lola au Pincio. Nous rencontrons le ministre grec, le dégoûtant Bruschetti et d'autres. Il fait gris, le carnaval est fini et mon tourment recommence. Nous descendons du Pincio et Antonelli monte. Je réponds à peine à son salut tant cela me surprend de le voir au Pincio. J'avais grande envie de remonter mais ce serait bête, d'ailleurs il a de suite retourné puisque peu de temps après nous l'avons vu au Corso, en fiacre avec une autre, il faisant sombre, je ne le reconnaîtrais pas s'il n'avait ôté son chapeau.
Cardinalino au Pincio.
En rentrant je trouve les cartes de Bruschetti et de Plowden. Ce dernier écrit que demain le rendez-vous de chasse sera hors de la Porta Pia. A onze heures nous allons reconduire Domenica qui part. C'est un tel ennui de s'habituer aux gens. Malgré tous nos efforts pour la retenir Lola part aussi. Enfin ! Que voulez-vous qu'on y fasse.
Doria ne me sort pas de la tête, je suis agitée, malheureuse, misérable.
Ma tante écrit que le château d'Audiffret est mis en vente. Sur tous les coins on a collé des affiches. Mise à prix trois cent mille francs. Je veux acheter ce château ! Le comte Branisky offre quatre cent mille pour notre villa. Je veux la
vendre et acheter le château. Ce serait superbe sur tous les rapports. Me voyez-vous à la tour, dans la chambre du Surprenant ? Quelle honte que cette vente ! Tant mieux, tant mieux. Ah ! si je pouvais vraiment l'acheter ! Aigle et lion ! Je me laisserais couper un doigt pour que cela arrive. Comme cela humilierait le paysan niçois, comme les Howard et les autres ennemis se mettraient en colère. Acheter le château c'est acheter la souveraineté de Nice.
Cette idée m'amuse toute une heure, après quoi encore Doria, Doria froid, insolent, superbe ! Il attendait Marguerite. Comme il doit être différent avec elle, soumis, tendre, amoureux tout en faisant sentir que ce n'est pas pour elle qu'il est ainsi.
Il y a donc des créatures privilégiées ! Reine, belle et aimée.
Je ne sais ce que j'ai, je me sens comme un serpent auquel on a écrasé la queue.