Deník Marie Bashkirtseff

Moi, Collignon et Dina lorgnons pendant dix minutes une forme blanche sur la tour sans pouvoir reconnaître sa nature. Je pense que ce n'était qu'un drap, cela avait une forme carrée. Les fenêtres du château hermétiquement fermées, mais deux de la vieille maison, habituellement fermées, ouvertes.
Qui habite cette maison jaune à gauche du château, lui demande Dina, hier.
- [Rayé: C'est la vieille] Elle est à moi, personne ne l'habite mais j'y vais quelquefois.
Pardi ! Le garçon était là.
Mais nous ne nous compromettions pas, étant trois. Vers deux heures la forme blanche disparut.
Je suis laide et fatiguée.
Girofla ne se rencontre nulle part, et il me semble déjà qu'il ne veut plus nous connaître. Je sais que c'est bète, absurde, mais nous sommes si malheureux ici, que je m'attends à tout (en écrivant je deviens presque jolie).
Après dîner Dina est sur la terrasse, je pense à l'aller rejoindre quand elle rentre. C'est dommage. Peut-être aurai-je vu Audiffret.
Je voudrais savoir si par un hasard quelconque mon journal était lu, je voudrais savoir donc, si on penserait que je pense au duc de Hamilton tout en parlant du beau Niçois.
J'ai rêvé que j'étais sur une estrade, et les murs étaient couverts de belles étoffes rouge foncé, à grands plis et avec des glands de la même couleur. Ce qui veut dire que j'arriverai à une grande fortune ou à une grande réputation. Plût au ciel !
Car enfin, pour un été, à Nice, une distraction comme Audiffer me va.
Mais après cet été je veux aller dans le monde et m'occuper d'autres que de jeunes Niçois, quelque beaux qu'ils soient.
Mon Dieu, toujours à Vous je m'adresse, écoutez ma très humble prière, ne m'abandonnez pas et prenez toutes mes fières paroles comme autant d'humiliations devant Vous. Devant Vous seul je m'abaisse et de Vous seul j'attends ce que je supplie de m'accorder.
Jésus, et Vous Sainte Vierge, priez Dieu de m'être favorable !