Deník Marie Bashkirtseff

Hier avec Marie et Olga nous avons fait la bonne aventure, j'ai ouvert le livre pour Blackprince et je lis: il se marie.
Vraiment je n'ai qu'à toucher un homme de la pensée pour qu'il se marie.
Je meurs de faim, notre cuisinier ne vaut plus rien. Je prends Léonie et m'en vais chez les Sapogenikoff. Je les trouve tous au jardin, maman dans un fauteuil, en face le perroquet en liberté, sur un divan Nina, Yourkoff et Walitsky et, plus loin, à l'ombre des orangers [Rayé: sont étendues], sur un tapis Marie, Olga et Dina lisant, Prater à leurs pieds et Mistigri, le singe de Nina sautant, courant, jouant et volant de branche en branche. J'ai senti l'air de paresse qu'on y respirait, on se sent mou et incapable de rien. On se sent un berger de Virgile. Un soleil ardent qu'on évite sous de beaux orangers couverts de fruits, couché non pas sur le gazon, le gazon c'est trop sale à cause des insectes, mais sur un tapis jeté sur le gazon.
Voilà des gens heureux.
[Dans la marge: W veut toujours dire Walitsky.]
Nina et Walitsky assis côte à côte et lisant attentivement dans le même livre, quel livre ? Théocrite peut-être ou Virgile ? Non, plus sublime encore, c'est un livre qui donne la joie et la paix à l'âme et au corps, c'est un livre de cuisine.