Deník Marie Bashkirtseff

Mon journal, mon confident, mon consolateur, c'est à lui que j'ai recours quand je suis par trop malheureuse et c'est chaque soir.
Cela soulage d'écrire. Quand on est bien, bien misérable. Encore un hiver fini, auquel succédera un autre aussi humiliant, aussi terrible pour moi.
Je me consumme comme une chandelle et si cela continue bientôt je ne serai plus. On peut supporter un grand malheur, même deux, mais supporter un malheur continuel, un chagrin éternel, des humiliations sans cesse, toutes les petites choses vilaines que je supporte, c'est impossible. Et vraiment je crois qu'il y aura quelque changement. L'état dans lequel je suis ne peut pas durer toujours.
Oh ! Si quelqu'un me surprenait, si quelqu'un avait pitié de moi, mais je ne vois personne, personne que Dieu. Eh ! Qu'ai-je besoin des autres si je vois Dieu ! Mais je ne Le vois pas ou plutôt Lui ne veut pas me voir ! Il m'abandonne, Il me méprise parce que je suis une ingrate, une misérable. Je veux un miracle, en suis-je digne ? Digne ou non, Grand Dieu regardez-moi, Soutenez-moi. Rendez-moi la vie supportable !
Je ne dirai pas ou bien tuez-moi ! comme j'en avais envie, car je ne veux pas mourir, je veux vivre, je veux être heureuse. Oh ! Vraiment j'aurais été plus heureuse en vendant des bouquets de violettes à deux sous, que de vivre comme je vis. Je suis écrasée, anéantie, j'erre comme ces ombres sospesi dans l'enfer de Dante.
Biasini est venu mais on traîne en longueur.
Mon Dieu faites que l'on bâtisse. Pardonnez-moi de vous importuner de toutes ces bêtises mais je n ai que Vous.