Deník Marie Bashkirtseff

Nous nous sommes promenées, Nadinka, Marie et moi par ce beau temps de dimanche et avons admiré Gioia, cette adorable créature, moi surtout, c'est au point que je n'admets que deux femmes qui vaillent, elle et moi.
Nous laissons Marie chez elle et rentrons dîner. Elle revient à huit heures et nous allons à l'opéra, voir "Dinorah" qui, dit-on, est bien montée ici. Nous emmenons tous les enfants, Stiopa, Julie, Liouba, tout le monde nous regardait quand nous entrâmes et quand je commençai à installer ces petits hommes, Marie n'était guère de beaucoup plus grande et moi en robe blanche et coiffée simplement, mes cheveux bouclés sur le dos, n'avais pas bien l'air d'une maman et Nadinka aussi très jeune, en noir, s'éclipsait dans le fond. Vrai si ce n'était pas ma taille on me donnerait douze ans. Une fois placés, je leur fis manger des oranges et en mangeai moi-même de sorte que la loge était on ne peut plus plaisante.
Cela m'amusait et je souriais tout en faisant la connaissance de la salle, bien garnie ce soir avec son Audiffer qui lui aussi regardait en souriant. Dans mon dénuement, c'est mon unique consolation. N'est-ce pas absurde que cet Anglais soit parti. Le détestable comte est déjà venu plusieurs fois, mais je ne l'ai jamais reçu.