Jeudi, 24 septembre 1874
Le matin vient le diacre, je lui raconte les merveilles de Duval et il viendra là à trois heures quand nous y serons.
Puis vient Rodionoff, entre autres choses il me dit que je fais des conquêtes, alors nous avons demandé s'il a vu maman ou Walitsky, mais il dit qu'il a entendu parler les autres:
- C'est Doria qui vous a raconté, dis-je en riant.
- Vous connaissez Doria ?
- Le frère oui, et c'est lui qui m'a dit:
- Oh ! je vous en prie Rodionoff, ici je reconnais Walitsky, je vois bien ce qu'il vous a dit de dire.
- Mais non, je vous assure, c'est le frère de Doria. Il ne me connaît pas de nom, de vue, oui, comme je le connais, et comment pouvez-vous savoir qu'il parlait de moi ?
Il m'a dit que, votre compatriote, et que vous avez rencontré son frère à Spa.
- C'est vrai et à Ostende.
- Et il a dit que mon frère est pincé.
C'est trop bête et on voit que Walitsky a passé par Paris. Pour lui prouver que je ne suis pas sa dupe, je lui écris sur l'heure ceci:
Mon cher, pas si bête que vous pensez et je comprends bien les bêtises que vous avez fait dire à Rodionoff sur Doria.
Ayez donc plus de malice, vous me faites pitié !
J'essaye à deux heures chez Worth et chez lui me trouve mal, heureusement dans la chambre où j'essayais. Après je me porte très bien, et comme je regardais des bracelets qui me plaisent, Lucarini nous salue et dit qu'il vient du mariage de Lewin avec la Durand, qui a été célébré à la Madeleine.
A trois heures nous sommes chez Duval, le diacre y est. Et après une heure ou deux de parlers on commande définitivement. Le tout coûtera [Rayé: soixante mille] cinquante mille francs.
"Je suis heureuse, l'air m'enivre" (Mignon).
[Rayé: Je n'a] Nous prenons un landau et allons au Bois ayant prévenu Mark d'y faire venir son cheval. Là ce fut une revue de nos Spadois, Ostendais et Niçois.
Le célèbre del Puente I
Et l'essaim espagnol ! C'est complet.
Enfin le duc et la duchesse de Mouchy, elle me reconnut et poussa son mari. Le pauvre duc avec des béquilles, après son malheureux accident.
Le Doria blanc avec deux messieurs, je ne voyais pas et Dina me dit qu'il s'est retourné et a parlé à ses deux compagnons, qui se retournèrent aussi. Je n'ai plus revu le grand. Rodionoff m'a dit adieu comme à la duchesse Doria et a proposé de me présenter, le frère ne connaissant pas l'autre. Quelle bête Walitsky !
Chez Duval on a parlé de Blackprince et Duval a dit tout bas au diacre qu'il envoie des meubles à Mme Léon mais que c'est pour le prince. J'ai entendu. Il a un rez-de-chaussée ici mais n'y reste presque jamais, et lorsqu'il est à Paris dîne à côté de Duval au cercle de l'Union, je crois. C'est Duval qui a raconté ceci après que l'on eut fini de nos meubles. Duval lui a meublé son yacht.
[Rayé: Mais ça]
Nous dînons à la maison, à sept heures et demie on vient m'essayer de chez Worth.
J'aime mieux les corsages de Worth, Laferrière me serre toujours la poitrine mais malgré cela je ne sais pas qui je préfère, et il y a chez Laferrière une légèreté, un abandon, une grâce, une finesse indéfinissables.