Deník Marie Bashkirtseff

Aujourd'hui je me suis baignée, le courant était très fort, mais rien n'est arrivé. Déjeuner à la Plage, une demi-heure de repos à la maison, avec maman à l'estacade, ensuite, la mer est haute, les vagues nous atteignaient presque et le vent était renversant. J'y suis allée pour voir le joli Anglais, mais je ne le vis pas. On rit de moi à la maison, parce que je cherche des Plobsters et je regarde partout pour trouver des hommes jolis. Je ne le cache pas. Là, je dois l'avouer, le nom de Plobster est abîmé depuis que Moelenar a été ainsi nommé. Maman dit maintenant que le Plobster de l'hôtel de France n'est pas celui-ci. Sur l'estacade nous sommes avec Foster I et un Belge, Fanbrantigen, un Anglais. Ayant entendu que je vais avec ma tante à Londres il offre de nous accompagner, de nous éviter tous les désagréments du voyage, des hôtels etc. etc. Foster prie qu'on lui télégraphie et il arrêterait des chambres et préparerait tout. Enfin nous serions pendant notre voyage entre deux anges gardiens. Fanbrantigen part après-demain et Foster ce soir. Je voudrais bien profiter de leur obligeance mais malheureusement nous ne partons que jeudi à cause du concert de Koutski qui est remis à mercredi. Mais en leur télégraphiant seulement, ce serait bien. Ils viennent avec nous sur la digue, nous rencontrons Florence, les deux Anglaises, et le baron Leiss. On s'unit. Maman s'assied et je vais avec Florence. On parle de mon voyage en Angleterre. — Hier je vous ai vu avec Plobster. — Oui, il désire vous être présenté; mais ce n'est pas tout à fait un Plobster. — Ah ! je sais il est demi faquin, demi Plobster n'est-ce pas ? Je rentre à cinq heures, j'écris jusqu'à six, alors je vais dîner. Basilévitch dîne avec son mari, elle le renvoie et vient chez nous pour aller ensemble au Kursaal. Basilewsky aussi est avec nous, et tous quatre nous nous acheminons vers le Kursaal, et nous asseyons comme l'autre soir. Au commencement c'était froid à cause de Paul, du jeu etc. Mais tout fut terminé et de neuf heures à dix heures un quart on a encore ri comme des bienheureux. Basilewsky a beaucoup d'esprit on sent chaque mot qu'il dit et Basilévitch raconte des bêtises, lui se moque d'elle. Elle lui demandait tout le temps un éventail, c'était très comique. Nous étions cinq dames et Basilewsky l'unique cavalier. Le parti rôdait autour et le magnétisait mais en vain. Il va avec nous jusqu'au cercle des Bains. J'y allais à contrecœur. Deux places se présentent à gauche et qui je vois derrière moi ! Doria Pamphilii avec l'Anglais si blanc. Je suis très rose, toute la journée. Ah ! mais j'oublie, ce matin j'étais attrapée. Je me coiffais, on frappe, on entre, je vois un monsieur âgé, je devine ce que c'est; je me précipite vers la porte, elle est fermée, alors je me cache sous le canapé. C'est Winnier le médecin du Roi, on voulait me faire voir par force ou par ruse. Je sors enfin, il m'examine et déclare une anémie n'ayant rien trouvé. C'est un imbécile. Je sais ma maladie mieux que lui. Je me suis très fatiguée depuis quatre mois. Il me faut un mois pour me remettre et voilà. Seulement je rage parce qu'ils osent me supposer malade ! Je les traite comme des chiens et de sang-froid, volontiers je leur donnerais des coups de canne. Mais revenons à Doria, je disais que j'étais très rose toute la journée et le soir surtout. Pour cela je suis gaie et vive comme jadis. Ma tante assure que Doria est beau et charmant. Nous restons jusqu'à la fin. Comme je sortais maman a dit que Doria me regardait beaucoup et Paul qu'il montrait aux deux qui étaient avec lui mes pieds. Dina dit que j'étais rayonnante. Je ne l'étais pas à cause de Pamphilii, je riais en le voyant me souvenant de toutes les bêtises de Walitsky mais c'est tout. Je ne pouvais pas le regarder, il aurait fallu me tourner, et c'eut été mal. Je l'ai entrevu deux ou trois fois en parlant à ma tante, [Rayé: comme] il était un peu de côté. Doria nous dépasse bientôt. Comme il est grand ! Ceux qui sont avec lui paraissaient des enfants. Plobster qui est grand est petit à côté de lui. Plobster marche avec Basilévitch devant nous. Basilewsky nous reconduit jusqu'à chez nous. Basilévitch se met à la fenêtre et nous nous mettons au balcon, et Basilewsky reste au milieu de la rue. Il se promène comme au théâtre, au clair de la lune Basilévitch dit des bêtises de sa fenêtre. - C'est comme au théâtre, seulement c'est dommage, il n'y a pas de guitare, dit Basilewsky. — Et le parapluie, dit Dina, vous avez un parapluie, avec lequel on peut tout faire. Alors il se mit à jouer sur son parapluie le plaçant en guitare. Basilewsky sérénadant. C'est à mourir de rire. Longtemps encore nous restons ainsi. La rue est déserte, la lune éclaire une femme à la fenêtre, et quatre femmes sur un balcon et un homme, cet homme est Basilewsky, au milieu. C'est très joli. — Attendez, j'apporte une bougie dit Basilévitch. — Chez elle dans toute la maison il y a seulement une bougie*, nous dit Basilewsky. — Non, parole d'honneur, il est amusant.