Journal de Marie Bashkirtseff

J'en suis attristée ce matin, prête à pleurer mais tout ça dans le vague...!
Mais hier soir j'ai reçu une lettre du "Figaro". Oui, du "Figaro", de M. Perivier, qui demande à visiter mon atelier en vue de la composition du "Figaro illustré" qui paraît à la fin de l'année, à Noël.
Si un de mes tableaux pouvait convenir ce serait très bien.
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Enfin cette visite seule est déjà une bonne chose.
Chez Bastien vers six heures.
Cet être mange, et même il mange des choses abominables, horribles. Du saucisson !!
[Rayé: Et avec ça] Il n'est même pas intéressant assis dans son fauteuil, habillé et mangeant ces infamies. Puis on le couche [Mots noircis] Il n'est supportable que couché, j'y suis habituée comme ça. Il est très gentil pour moi et [Mots noircis: il m'a serré] la main avec une intention d'amitié qui devrait m'enchanter et qui m'a étonnée.
Mais tout ça ne m'intéresse plus. Je ne le crois pas gravement malade, on se trompe. Il vivra. Mais c'est moi qui ne sais plus où j'en suis, en rien.
Et la peinture II
Une fois levé et habillé, mais ce sera un petit bonhomme très laid. Si encore j'entendais tout ce qu'il dit... Oh ! non, voyez-vous ça, ça !!
C'est ça qui fait que
ll a peut-être serré la main de ma tante, de Dina de la même manière, c'est possible, mais c'est la première fois qu'il me la serre ainsi. Pauvre enfant, ensuite il a voulu montrer sa force et mesurer nos forces, je lui ai fait mal aux doigts, ça a été un sujet de tendres excuses en lui tapotant les mains.
J'entends Julian qui demande comment sont mes tendres excuses.---
- Je vous ai fait mal ? Non, pauvre enfant, bien vrai ?
C'est tout, mais ce pouvait être accompagné de minauderies et de regards... sans fadeur.
Et s'il est vraiment condamné. Je n'y crois pas et continue à en faire le siège, moi, soldat écloppé.
Jean-Jacques l'était.
Et aussi a-t-il toujours été malheureux.
Et Gambetta était borgne mais c'était des hommes !