Journal de Marie Bashkirtseff

Ah Jouy, Jouy ! J'en ai la fièvre et je me retiens de pleurer.
Comme je suis jalouse de Bojidar, je lui donne des instructions à la troisième personne. En l'entendant dire qu'Emile lui a dit de nommer son frère par son nom, j'ai rougi de dépit. C'est comme ça.
Il est donc au lit, on a envoyé je ne sais quoi et les nouvelles ne sont pas bonnes; j'irai demain. Mon Dieu si je pouvais croire que ce lui serait agréable j'irais tous les jours, comme il voudrait.
Les Gavini viennent dire adieu, ils partent pour Agen.
Et moi avec Jouy !! Oh ! Jouy ! Pour m'étourdir je change de place à table, fais entourer mon fauteuil d'un paravent et m'installe comme dans une guérite moitié riant, moitié criant au grand amusement des miens et de Bojidar. Oui, je mange de la poudre de viande, et je vais en faire manger à Jules.
Ça m'est ordonné et je joue à la malade, le fauteuil, le paravent, trois bouteilles, un réchaud, des fruits, des sirops, deux bouillons... C'est très amusant.
Ah ! misère !
Ah ! misère !
Ah ! misère !