Journal de Marie Bashkirtseff

Encore l'odieux Sèvres !
Mais je rentre de bonne heure , cinq heures. C'est à peu près fini.
J'avais envie d'aller voir Jules mais Dina n'a pas voulu venir, elle affecte de croire que je fais trop d'honneur à ce malade. [Mots noircis: Et puis elle a dit qu'il a Mme] Mackay, j'y pensais déjà sans ça alors je suis restée chez moi. En effet pourquoi ? Mais pourtant voyons que peut nous faire cette dame ? Rien et pourtant elle me gêne beaucoup.
Mais maman y va toute seule et revient enchantée. Elle a fait la connaissance de la mère et même elles se sont embrassées à propos d'un échange de compliments sur leurs enfants. Et Jules a été si bon garçon qu'on lui enverra demain du bouillon et des côtelettes.
Quelle cuisine !
Mais je suis d'une tristesse mortelle, je vais mal en tout.
Il faudrait quelque puissant dérivatif... Et moi qui ne crois pas en Dieu je compte sur ce Dieu pour qu'il me l'envoie...
Après des journées de misère atroce il m'est toujours arrivé quelque chose pour me reprendre à la vie.
Mon Dieu pourquoi me permettez-vous de raisonner, je voudrais tellement croire sans conditions...
J'y crois ou je n'y crois pas mais... Quand je raisonne je ne peux y croire. Mais dans des moments de misère ou de joie, tout au fond, la première pensée est pour ce Dieu qui est si dur pour moi.
Maman m'a apporté l'étiquette d'un tableau revenu d'exposition, le traditonnel : Hors concours. Encore une relique, j'ai déjà une plume avec laquelle Bastien a dessiné.
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Gloriae Cupiditas
depuis le mercredi 2 juillet 1884 jusqu'au [jeudi 11 septembre 1884] 30, rue Ampère, Paris