Journal de Marie Bashkirtseff

Eh bien nous l'avons l'invitation. C'est une grande réception officielle mais c'est toujours ça. C'est Gavini qui a composé la lettre que maman a écrit à l'Ambasadeur. Je n'en savais rien.
C'est égal ils sont rudement canailles de ne pas avoir médaillé mon tableau.
Les deux popes sont venus aujourd'hui. Celui qui vient toujours est archiprêtre comme l'autre et qui s'appelle Wassilieff est le pope de la colonie pas chic. L'autre qui se nomme Prilejuyeff est le pope chic, c'est lui à cause de Mme Zarondsky qui a fait que Mme Frederiks va nous présenter à l'ambassadrice.
La baronne Frederiks est la femme de notre attaché militaire.
Ça paraît un rêve et comme ce n'est pas encore fait... On verra samedi.
Mais ce qui est plus certain c'est qu'il y a tableau. Cela m'est venu à trois heures et ce soir à dîner j'ai si distinctement vu ce que je ferai que ça m'a fait me lever comme s'il y avait un ressort dans la chaise. J'avais justement envie d'un sujet moderne avec beaucoup de monde et du nu, et une toile pas trop énorme. Ça y est... Je vais le faire. Quoi ? Eh bien mes lutteurs. Des lutteurs forains et du monde tout au tour. Il y aura des torses nus pour montrer que je puis faire du nu. Et des gens autour, ce sera très difficile mais si ça m'empoigne, c'est tout ce qu'il faut. Ivresse !