Et "Le Gaulois" paraissant avec un plan du Salon, le même jour que "Le Figaro" a une importance égale à ce qu'il me semble ou à peu près.
"Le Voltaire" qui publie un numéro dans le même genre me traite comme "Le Gaulois". Ça ce sont des pièces capitales. "Le Journal des Arts" qui lui aussi publie un compte-rendu à vol d'oiseau dit qu'il a cru voir un Bastien-Lepage dans mon Meeting. C'est probablement une malveillance. " l'intransigeant" dans un numéro du même genre me traite aussi bien.
Les autres journaux feront leur compte-rendu à fur et à mesure.
Il n'y a que "Le Figaro", "Le Gaulois" et "Le Voltaire" qui font ces choses le matin même du Vernissage.
Suis-je contente ? C'est une simple question. Ni trop, ni trop peu... il y en a juste assez pour que je ne sois pas désolée voilà tout.
J'en viens. Nous n'y sommes allées qu'à midi et nous sommes parties à cinq heures une heure avant la fin. J'ai la migraine.
Je détèste sortir rien qu'avec ma famille, c'est assommant.
[Surcharge: et sans ta famille tu ne voulais pas sortir.] (Ecriture de Mme Bashkirtseff)
Mais nous avons rencontré quelques oasis tels que Carolus, Julian, Emile, Bertier et puis des gens du monde. Carolus me dit très gracieusement que je n'ai pas à le remercier, que je me dois à moi seule la cimaise. Julian dit que j'ai une médaille en poche. [Rayé: 2 lignes cancellées ] Nous n'échangeons du reste que quelques mots. Et Emile qui reste plus longtemps me dit que c'est une des bonnes choses du Salon, qu'on le trouve bien et que Fourcaud l'a regardé ce matin et qu'il trouve que c'est un peu cartonneux, ce que Emile trouve aussi et cela l'étonne parce que je peins largement dit-il.
- Quand j'ai dit à Fourcaud ce que vous étiez, il ne voulait pas croire, il n'en revenait pas à votre âge ! Il a dit qu'il croirait plutôt que c'est fait par un homme et un fort.
Nous restons longtemps sur la banquette devant le tableau.
On le regardait beaucoup et je riais en pensant que tous ces gens n'iraient jamais chercher l'auteur dans la jeune fille élégante assise là et montrant de si petits pieds si bien chaussés.
Ah ! c'est autrement mieux que l'année dernière tout ça.
Est-ce un succès ? Dans le sens véritable, sérieux bien entendu ? Ma foi presque... Aussi grand toujours que le premier de Breslau qui n'en pas eu depuis il est vrai. Elle expose deux portraits, je n'en ai vu qu'un qui m'a étonné beaucoup, c'est une imitation de Manet, cela me déplaît. Ce n'est plus fort comme avant. Eh bien c'est peut-être affreux ce que je vais dire mais ça ne me chagrine pas. Je n'en suis pas non plus contente, non, il y a place pour tout le monde. Pourtant j'avoue que j'aime mieux que ce soit comme ça.
Bastien n'a que son petit tableau de l'année dernière. La forge. C'est un vieux forgeron dans l'obscurité de sa forge. C'est aussi bien que les petites toiles les plus noires des musées. Car II n'y a que Bastien. Il ne va pas encore assez bien pour travailler.
Ce pauvre Emile a l'air triste et dit qu'il va se fiche à l'eau. Il a l'air préoccupé et embêté et ne vient plus souvent.
Il n'a pas promener la mère Mackay. Moi je suis fâchée de ne plus voir que rarement ce brave garçon et presque vexée qu'il se passe ainsi de moi.
Moi aussi je suis triste et je crois que malgré ma peinture, ma sculpture, ma musique, ma littérature, oui malgré tout cela je crois que je m'ennuie.
[Elle est malade ma pauvre enfant.] (Ecriture de Mme Bashkirtseff)