Jeudi 6 décembre 1883 Le comte Loris-Melikoff est ici et malade, maman est allée le voir, il part ce soir pour Pétersbourg. Il paraît qu'il est tout à fait un ami, c'est du reste lui qui a fait hâter la fin des histoires en Russie. Il a parlé à l'ambassadeur... puis maman a été chez la comtesse Orloff-Demidoff, une très grande dame, son père le comte Nihikine aimait beaucoup mon grand-père Bashkirseff alors qu'il n'était qu'un petit colonnel et a été le parrain de mon père, la comtesse a donc dit au pope qu'elle voudrait bien voir maman et qu'elle l'attend ce soir, le pope est accouru ce matin à dix heures, il paraît que ce brave homme raconte partout que je suis extraordinaire, que je fais tant et tant dans la perfection. Du reste Loris-Melkoff aussi lui a dit qu'on ne fait que parler de mes talents et de mes charmes. Maman est rentrée grisée. Gabriel Géry a passé la soirée ici, je lui avais écrit de venir prendre les ordres pour Constantinople. On a pris du thé, après quoi on a parlé du maréchal [Mots noircis: auquel j'ai promis d'étudier] l'écarté car je ne sais aucun jeu, alors Géry offre de me l'apprendre et nous passons une bonne heure en face l'un de l'autre, devant une petite table, la famille s'était immobilisée dans la salle à manger, portes ouvertes, on écoutait, c'est égal il n'est pas empoignant... Et... Catherine II ? Pas même ! Je joue de l'orgue et pense comment il trouvera ça, je jouerais devant n'importe qui et que ça plaise ou non, ne m'en préoccuperais pas autrement. Mais qu'il dise que c'est un instrument ennuyeux ou que l'air que je joue est connu ou..., la dernière fois, il a dit: comme c'est triste ce que vous jouez là. J'ai cessé tout de suite. Du reste il me paralyse. J'avais pourtant résolu de me surmonter et je crains bien que cette bravoure disparaîtra la veille... Alors je relirai les pages ou je m'enseigne la bonne conduite... Qui lui ? Mais Bastien ou quand ce ne sera plus lui un autre.