Samedi 17 novembre 1883 Et me revoilà à Paris pour refaire demain, un morceau du tableau. J'ai un magnifique orgue depuis quelques jours. Ma famille trouve que le joujou est un peu cher mais ne me le dit pas et je les en sais gré. J'ai peut-être eu tort d'acheter ça... On pouvait s'en passer... Il est vrai que c'est excessivement beau mais... j'en jouerai avec âme... A vingt-quatre ans et 11/12 ce n'est pas étonnant. Jouy, la campagne, fait très vivement sentir la beauté des tableaux de Bastien. C'est un grand artiste. Les parisiens ne peuvent l'adorer, mais s'ils se donnaient seulement la peine de regarder la campagne, si grande, si simple, si belle, si poétique... Chaque brin d'herbe... Les arbres, la terre, le regard des femmes qui passent, les attitudes des enfants, la démarche des vieillards, la couleur de leurs vêtements s'harmonisent avec le paysage... Mais on est tenté à chaque instant de s'écrier: Bastien-Lepage ! Et combient lamentables sont ceux qui le copient, qui peignent des paysans quelconques, des bûcheronnes ou des ramasseuses de salade ! Ceux qui voient tout sauf ce qui ne se voit pas; qui se sent et que seul il a compris, avec Millet, j'ajoute Millet de confiance et pour les autres. Les figures de Millet ne valent pas celles de Bastien [Mot noirci: dont] les paysages Bastien valent ceux de Millet, il y a donc supériorité du côté de Bastien. On dit que ses fonds sont plats... C'est aussi mon avis quelquefois... mais... A un autre jour. Jouy me fait faire de la littérature, j'en rapporte chaque fois des feuillets... Quand donc en ferai-je un livre...