J'ai oublié de noter l'arrivée de mon oncle Wladimir, il vient pour emmener son frère Georges et tâcher de sauver ainsi sa fortune et peut-être en profiter un peu. Enfin cela vaudra toujours mieux que de voir le tout pillé par des étrangers. Si cela réussit Dina pourra hériter un jour et nous serons débarrassés de cet homme horrible qui nous empoisonne Paris.
Au lieu d'une [Rayé: cigarette Bojidar] tiendra entre les doigts une branche de capucines qu'il aura arrachée du balcon. Il ne fume pas et cette fleur en complète l'originalité et [n'est pas ridcule].
Hier nous avons été voir les Gavini qui veulent que je me marie, avec Alexis.
Ils ont perdu l'espoir de me faire faire le bonheur d'un charmant petit français, alors va pour un Karageorgevitch, mais mariez-vous.
— Mais si vous devenez prétendante vous ne peindrez plus ?
Mais si, la reine de Roumanie peint et écrit.
Je leur ai même montré des détails sur les travaux de la reine. C'est la seule façon de leur faire accepter la peinture [assidue]. Ils sont bêtes ! Mais tous.
Ah ! Quelle misère.
Suis-je donc tellement supérieure à tous ces gens ?...
Qu'importe, ils m'ennuient.
Si Bastien finit par épouser la Mackay ce sera un gros chagrin d'imagination.
J'ai fait sa connaissance il y a vingt mois, je crois en février 1882, il était alors dans la première année de Mackay, cela dure donc depuis près de trois ans.
Enfin, il l'adore toujours, c'est agaçant. Au fait pourquoi ne l'aimerait-il plus ? C'est moi qui suis bête de désirer d'être aimée justement d'un monsieur que je sais être très épris ailleurs.
Enfin... Mon Dieu est juste, maintenant je commence à croire que Dieu est juste. Je me suis fait un jeu de mon deuil, un jeu même de l'envoi des lettres de faire-part, Bojidar était là et nous riions en demandant pour la trentième fois si l'adresse de Bastien-Lepage y était.
Et maintenant son grand-père est mort, il est probablement très chagriné et ne pense pas aux notifications officielles ou bien nous sommes oubliés. Tout cela est très juste.
Je tâcherais d'être meilleure à l'avenir. Dieu est juste.
Pourquoi plait-on plutôt aux indifférents qu'à ceux qu'on aime.
les chiens couchants ne vous touchent que lorsque ce sont des gens... humbles et dont les hommages pourraient presque blesser. Un ver de terre amoureux d'une étoile et arrogant ! Fi l'horreur... Mais entre égaux... En somme je suis bien décidée d'être très ferme et ne plus faire comme jusqu'à présent, car j'avoue que très souvent il m'arrive de ne pas faire une réponse qui me vient aux lèvres même avec des Bojidar, tandis que ces Bojidar disent ce qu'ils pensent. Mais moi c'est par délicatesse, il me semble que à moins de cas urgents il faut toujours éviter tout ce qui peut paraître le moins du monde désagréable, et même contredire avec assurance me paraît un manque de politesse, de cette politesse rare qui vous fait quelquefois laisser dire des choses estropiées pour ne pas les réfuter. Enfin ces adorables sentiments seraient de mise si nous étions au moins trente à les pratiquer, mais dans les gens que je vois peu, pensent comme moi et si j'étais exquise je passerais pour une personne sur laquelle on peut s'asseoir; [Mots noircis: depuis quelque temps]
je vois qu'il faut absolument parler de ce que l'on sait, citer des auteurs et faire des incursions dans le domaine de la science; être jusqu'à un certain point instruite me paraissait si simple que je n'en parlais pas, et l'on a quelquefois pensé que je suis une bonne petite étrangère parlant bien français et voilà tout.
Il faut aussi parler souvent de vertu, dire les mots monde, société, convenances etc. etc. Ces choses-là ne sont pas sous-entendues le moins du monde.
Et si l'on est devant certaines gens, simple, rieuse et bonne princesse, on vous croira bonne fille. [Mot noirci: Moi,] jusqu'à... il y a peu de temps, je pensais toujours que tout cela va de soit et qu'il ne peut être question de la considération qui nous est due... Enfin.
Pourquoi ai-je écrit tout cela ?