Je suis malade, à fond. Et je m'applique un immense vésicatoire sur la poitrine. Après cela doutez de mon courage et de mon désir de vivre. Personne ne le sait du reste sauf Rosalie, je me promène dans l'atelier, lis, cause et chante avec presque une belle voix. Comme souvent le dimanche je ne fais rien, ça n'étonne personne. Gavini et Tchoumakoff dînent ce soir et je ne descends pas parce que Gavini m'agace au suprême degré comme Saint Amand et que je viens d'en prendre, c'est la raison donnée à ma famille; à son tour ma famille dit que j'ai une migraine affreuse. Je n'ai jamais eu la migraine sauf une fois. Je suis contente, seule, après avoir dîné en lisant je fais éteindre toutes les lumières, ouvrir les rideaux et me promène dans mon étage par un splendide clair de lune. C'est encore une jouissance cela.
Et au milieu de tant de misère je suis relativement heureuse. J'apprends que Géry et la princesse sont en bas et je fais dire que ma migraine allant mieux je me suis endormie ayant modèle demain de bonne heure, ce qui est vrai.
Et puis... Ma belle âme demande une âme-sœur.
Je suis si seule avec les miens, ils m'embêtent. Et n'aurai jamais d'amie, Claire dit que je ne puis avoir d'amie, jeune fille parce que je n'ai pas de petits secrets et de petites histoires de jeune fille.
— Vous êtes trop bien, vous n'avez rien à cacher.
La reconnaissance m'oblige à ajouter que cette petite est très spirituelle. Elle a passé à seize ans ses examens superbement à l'Hôtel de Ville. Et j'ai lu de ses compositions qui contiennent des phrases très historiées.
Du reste... Ecoutez, je ne veux pas d'amitié de jeune fille. Amitiés d'hommes oui car il y a toujours quelque arrière-pensée ou bien Amour, Amour, Amour.
L'ayant écrit je n'y tiens presque plus...