Journal de Marie Bashkirtseff

Hier dans l'apres-midi nous sommes alles a l'eglise, c'etait vendredi saint et toute la Russie etait la. Je suis oblige d'y aller de temps en temps car maman y va constamment et ca a l'air si etrange de toujours voir madame et jamais mademoiselle.
On invente aussitot je ne sais quoi. Je ne prie jamais a l'eglise, c'est seulement un ennui de voir tous ces Russes ou la vanite d'une toilette.
Vous savez ce cher Savine, un joli monsieur. Il avait tout perdu et on attendait qu'il recoive de l'argent, sans penser mal car il racontait ses affaires avec l'hotelier, a tout le monde, cette bonhommie inspirait la confiance, donc il a emprunte a droite et a gauche; puis il a recu de l'argent et au lieu de vite se tirer de cette cruelle position il a rejoue sans songer a la note de l'hotel et aux dettes anciennes.
Et pour mieux s'arranger il a demenage chez Barnola qui lui a offert l'hospitalite dans sa villa. Bref une quantite de choses vilaines mais on ne s'en rendait pas compte toujours a cause de cet air bon enfant avec lequel il vous racontait ca. Enfin a la suite d'une miserable discusssion au jeu, il donne un soufflet a un Italien et refuse de se battre, les temoins tous Italiens ont bien essaye de l'appeler lache en plein London House mais le resultat fut la disparition totale de M. Savine. Detail curieux, c'est Larderei qui etait le plus enrage des temoins du pauvre diable gifle. Cet horrible Savine se disait partout le propre neveu de papa et on va encore dire que les membres de notre famille font toujours des scandales.