Hier soir Julian est venu avec Tony. N'est-ce pas gentil de venir s'ennuyer avec ma tristesse ? Il est vrai qu'il y avait Dina, gaie, grasse, rejouie et coquette. Mais quand je ne parle pas peinture ces deux hommes m'interessent fort peu. Je les aime bien seulement, chez Tony par exemple j'arrive, je montre des etudes et apres cela on cause et c'est charmant. De meme avec Julian je lui apporte si non une peinture, un projet, une idee, nous en causons a fond, le plus souvent il m'encourage, puis la conversation s'etend et dure deux heures. Mais comme cela sans peinture, sans projets d'avenir, sans espoirs de bonne exposition, sans reves de recompense !... je suis morte. Si nous avions ete seuls avec Julian il m'aurait remonte en mettant le doigt sur la plaie et en me parlant de tous mes chagrins, et je me serais plainte et j'aurais pleure. C'est egal il comprend bien tout ce que je souffre et cela lui fait de la peine j'en suis sure. Et Tony et ces
etudes que nous devions faire !... Ah ! quelle tristesse mon Dieu... Ils ne cherchaient meme pas a me consoler... Si non par des banalites: qui est-ce qui n'a pas perdu un mois dans sa vie ! Faites des illustrations; ca passera si vite ! Chaque salon est une etape et je vais perdre cette annee... [Dans la marge: Bojidar est venu deux ou trois fois, l'illustre mannequin continu a etre ami.]