Journal de Marie Bashkirtseff

Je devais aller chez Tony et pour nous entendre vous vous rappelez pour travailler sous ses yeux et pour lui montrer mon esquisse et decider quelque chose. Mais je ne suis pas sortie. Je suis faible et ne puis rien manger ayant probablement toujours la
fievre... C'est horriblement triste d'etre maintenue dans l'inaction par par... Je ne sais quoi ! de n'avoir pas la force enfin ! Charcot est revenu. Maman et Dina sont arrivees hier appelees par des depeches insensees de ma tante. Ce matin Dina recoit une lettre de sa soeur qui demande comment je vais. " Si la derniere depeche est vraie, dit-elle c'est affreux". Je m'imagine ce que cette sacree-folle a du ecrire avec son orthographe de portiere. La-dessus je me mets a pleurer. Voyez-vous on me met dans un tel etat d'exasperation avec toutes ces histoires que je me sens capable de commettre un crime, je vois rouge, je voudrais les etrangler, leur dechirer le visage a coups d'ongles, leur arracher les cheveux et pietiner toute cette abomination sanglante. Ils me rendront folle, ils me rendront folle vous verrez. J'ai pris froid je sais, mais ca peut arriver a tout le monde... Et puis non, tout est fini, j'ai les oreilles dans un triste etat avec ce rhume et cette fievre, a quoi puis-je aspirer, qu'est-ce que je puis avoir. Il n'y a plus rien a attendre. C'est comme un voile qui s'est dechire l'autre jour, il y a cinq ou six jours, tout est fini, tout est fini, tout est fini. Et ils ne veulent meme pas respecter mes dernieres manies, me laisser tranquille.