Je suis a Paris ! Ravissement immense. Je comptais les heures en me morfondant en wagon. L'air vif ou le soleil brulant de l'Espagne me font trouver delicieux le calme gris de la belle ville et je pense avec plaisir aux ceramiques du Louvre, moi que ca ennuyait rien que d'y penser. Aussi j'ai fait trente six choses, je me suis achetee un chapeau et vu Doucet puis ramassant toutes mes etudes je vais chez Tony [Mots noircis: et apres] chez Julian. [Mots noircis: Ils me recoivent] avec une joie si sincere, surtout Julian avec qui [Mots noircismous res]tons a bavarder jusqu'a six heures et demie, la conversation ayant fini par tomber sur Cassagnac... Quant a mes etudes il faisait deja trop sombre, Tony, seul les a vues, du reste ce sont des esquisses rapides et troublees par ma famille, neanmoins ce gentil garcon croit que je commence a y morde un peu plus... La tete de l'assassin est trouvee tres interessante. Ah ! je suis ravie d'etre enfin la ! Ce cher Tony et ce cher Julian, pourvu que le ciel me conserve ces deux amis. Il croyait que je n'allais revenir que beaucoup plus tard et malade [Mots noircis: et peut-etre] pas revenir du tout. [Mots noircis: Ah ! que la sym]pathie est une douce chose, mais la peinture surtout. [Mots noircis: Julian est venu me] faire dire ce que j'ai a peine dit ici, c'est que le travail seul me donnera la celebrite, c'est-a-dire c'est lui qui le dit et qu'alors Cassagnac presque vieux, defait en politique, ennuye d'une femme et d'un enfant se trouvera en face [Mots noircis: et d'un petit] astre brillant et alors je ferai ce que je voudrai. Je lui avoue franchement que c'est mon but... Enfin sans cela meme il faut arriver, il faut arriver, il faut arriver. Tony a ete plein de bonte et m'a dit qu'il viendrait me voir un de ces soirs... Mais pourquoi Julian me dispose-t-il a parler de chose, enfin il a l'air d'avoir envie que je continue a l'aimer... Et puis... Nous causons de notre hotel et du bel atelier et je dis que ma famille m'embete tant, que je vais me marier. Alors il me plaisante sur Tony et me demande si serieusement je l'epouserais... [Mots noircis: son] pere Rodolphe m'y pousserait volontiers, son Tony, un si charmant garcon et ce serait une fin si agreable. Car ils me connaissent bien et surtout Julian et n'ont pas de moi l'opinion que de prime-abord peuvent prendre quelques imbeciles naifs.
Mais je reponds naturellement de facon a lui oter toute idee de ce genre. Ce n'est pas que je ne prendrais pas dans des moments de lassitude extreme vers une bonne association tranquille et songer si l'association est artistique par dessus le marche... Ce serait peut-etre charmant mais ce serait du propre ! Elle a epouse son professeur ! Aussi je ne m'y arrete pas pour un instant, c'est seulement pour dire. Et le soir avec Bojidar nous causons et clouons nos chiffons espagnols. Ma bibliotheque est couverte d'etoffes, de broderies, de draperies, de guitares, ornee de ruches arrangees en trophees. Et il y a encore a ranger mille riens, des toiles, des photos et les meubles et encore des chiffons. Ah ! qu'on est bien au sein de sa famille ! Par famille j'entends les objets inanimes. Et Saint Amand que j'oublie, il passe la tous les jours et il est monte aussitot... Joie et fraternite. Est-elle en beaute ! Oh ! ne voyageons plus, c'est pour quoi sera a la mode, a nous tous les succes etc. etc.