Apres des courses folles a la recherche d'un jardin ou je pourrais peindre tranquillement, de guerre lasse je me mets a modeler la tete de Rosalie.
Vers cinq heures arrive ce monstre de Julian qui devait toujours venir, enfin. Mais tout ca tourne Dieu sait comment, ma tante etait la et on a beau dire ca le genait; je me suis fachee et il a pense que c'est parce qu'il a dit les defauts devant ma tante, bien que je lui eusse ensuite tout dit pour qu'il le pense pas.
Enfin ma tante s'est en allee et voici le resultat. D'abord ce que je savais c'est que la pose n'est ni jolie ni naturelle et les pieds ne correspondent pas, c'es trop long a expliquer. Puis des choses seches et baclees. De bonnes choses dans la tete, la haie et les seaux plein d'eau que la femme a deposes par terre sont tres bien parait-il, que c'est meme dommage. Mais grande reprimande pour le sans-gene avec lequel je pose mes modeles, je cherche trop peu le tableau. Je ne cherchais que le morceau. Enfin, ma tante la pauvre a sans le vouloir empeche que je profite de la lecon. Quand elle fut partie Julian m'a reproche d'avoir dit cela si peu delicatement, car j'ai ete pire que mechante, presque cruelle. Ce n'est pas gentil, ce n'est pas delicat de froisser les gens de la sorte... Je n'avais pas besoin de dire que ca me genait si fort d'etre corrigee en sa presence.
C'est vrai, mais c'est aussi vrai que c'est un supplice quand quelqu'un de votre famille est la a trembler pour vous, a attacher des importances folles a des choses ordinaires et enfin... Oui c'est un supplice. Ma tante n'est pas fachee, ni meme blessee, elle est trop habituee a mes franchises.